Editoriaux - Politique - 25 septembre 2019

Macron et l’immigration : le grand bluff tacticien

On connaît le plan d’Emmanuel Macron : se faire réélire en 2022 en l’emportant une seconde fois contre Marine Le Pen. D’après les stratèges de l’Élysée, l’affaire serait pliée ; sur le papier, tout du moins. D’ailleurs, en sont-ils si sûrs ? Il y a quelques semaines, cité par Le Figaro magazine, Jérôme Sainte-Marie, maître sondeur, était déjà moins catégorique. En effet, il peut s’en passer, des choses, en trois ans…

À l’occasion d’un séminaire gouvernemental, tenu le 11 septembre dernier, le principal intéressé affirmait ainsi : « Si je suis battu en 2022, ce sera par Marine Le Pen », notant dans la foulée qu’il ne fallait pas abandonner des thèmes « régaliens » tels que « la sécurité et l’immigration » au Rassemblement national.

La preuve en est cet entretien présidentiel, accordé en marge du sommet de l’ONU, à New York, où il est principalement question d’immigration. L’occasion, pour Emmanuel Macron, d’en finir avec une certaine doxa officielle en la matière : « La France ne peut pas accueillir tout le monde si elle veut accueillir bien. […] Il faut sortir de certaines postures dans lesquelles nous nous sommes enfermés. » Tiens donc.

Pareillement, il admet un « échec dans les reconduites à la frontière », la faute à « des procédures qui durent trop longtemps ». Et de s’en prendre à un autre tabou, la fameuse AME, l’aide médicale d’État, grâce à laquelle il est finalement moins coûteux, pour un immigré clandestin, de se faire soigner que pour un Français. Laquelle aurait néanmoins vocation à être « évaluée », pour cause « d’excès », sans évidemment entendre la supprimer ; ce dont on se doutait un peu.

Voilà donc Emmanuel Macron qui s’invite sur le terrain lepéniste, quitte à prendre le risque de froisser quelques grandes consciences démocrates et humanistes chez les marcheurs ; risque moindre, pourtant, que celui consistant à le faire échouer à l’élection présidentielle.

Que ces paroles soient ou non suivies d’effets importe finalement peu : seul compte, à court terme, l’impact médiatique. En revanche, cette rupture demeure intéressante, puisque le faisant sortir de son « économisme » habituel. Comme s’il avait compris que la fronde des gilets jaunes, même si ayant démarré pour des raisons fiscales – telles toutes les révoltes, par ailleurs –, masquait aussi une dimension existentielle. Bref, que l’argent ne saurait tout résoudre.

Ce que n’avait pas compris Lionel Jospin, en 2002 : le Premier ministre d’alors estimant que son « bon bilan » économique suffirait à le faire élire. Alors que Jean-Marie Le Pen ne se résumait pas aux seuls enjeux économiques.

Manifestement, Emmanuel Macron ne veut pas réitérer l’erreur, ayant fini par se rendre compte qu’une immigration de masse causait une insécurité culturelle au moins aussi lourde que l’insécurité tout court, liée mécaniquement à cette même immigration.

Et après ? L’avantage de cette démarche, c’est qu’il est plus facile de réduire le nombre d’immigrés que celui des chômeurs. L’inconvénient, c’est qu’il risque de se couper d’une grande partie de son électorat. Ce qui est arrivé à Jean-Luc Mélenchon aux dernières élections européennes, mais dans l’autre sens, l’Insoumis ayant fait le choix de se soumettre à la frange bourgeoise de son mouvement plutôt que de satisfaire sa frange populaire.

C’est la quadrature du cercle, équation d’autant plus délicate à résoudre qu’Emmanuel Macron n’agit de la sorte que par pur tactique politicienne : il est manifeste qu’il ne croit guère à ce qu’il dit, au contraire d’une Marine Le Pen, autrement plus convaincante sur le sujet. Les Français pourraient bel et bien s’en rendre compte.

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