Editoriaux - Histoire - Polémiques - 25 septembre 2019

Exhumation de Franco : une victoire de la démocratie en Espagne ?

Un mois avant les élections, les socialistes espagnols viennent de remporter une manche contre la famille et les derniers nostalgiques du caudillo Francisco Franco, qui gouverna l’Espagne d’une main peu légère de 1939 à 1975. Au début du processus visant à expulser la dépouille du dictateur de la Valle de los Caídos, ses descendants et admirateurs ne firent étrangement montre d’aucune irritation. C’est qu’ils avaient dans leur manche un sérieux atout, le caveau familial, tout indiqué pour accueillir définitivement le corps embaumé du despote tant honni.

Le hic, c’est qu’il est situé dans la cathédrale de l’Almudena, en plein cœur de Madrid, à deux cents mètres du Palais royal, et bien plus visitée que la lointaine et lugubre Valle de los Caídos…

Comme toujours, le remède socialiste allait se révéler pire que le mal, mais la Cour suprême espagnole – apparemment de la même farine que notre Conseil constitutionnel – vient de rejeter tous les recours présentés par la famille : presque plus rien ne s’oppose, désormais, au transfert de la dépouille au cimetière du Pardo, à côté de Madame…

Mais si c’est peu dire que le régime franquiste n’eut rien d’une démocratie, on peut imaginer ce qui se serait passé si ceux que l’on appelle, sans doute par antiphrase, les « Républicains » avaient gagné la guerre civile : il est plus que probable que l’Espagne serait devenue le premier satellite d’une URSS stalinienne et alliée d’Hitler dès le début de la guerre.

Et qui donc a permis, pendant le second conflit mondial, à des dizaines de milliers de personnes, à commencer par les Juifs, de se réfugier ou de transiter par l’Espagne ? Après la célèbre rencontre d’Hendaye, où Hitler échoua à persuader Franco de s’allier avec lui, le nazi confia d’ailleurs à Mussolini que « plutôt que de refaire l’entrevue, il préférerait qu’on lui arrache trois ou quatre dents », qualifiant le Caudillo de « salaud de jésuite ». Ça ne mérite pas un peu d’indulgence ?

Aux dernières nouvelles, il n’est pas encore question d’expulser les rois catholiques Ferdinand et Isabelle de la chapelle royale de Grenade où ils reposent, mais on ne peut exclure que certains y réfléchissent dans le camp du Bien…

Mais tout ça, quand la momie de Toutânkhamon fait plus d’entrées que le cimetière de Colombey…

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