La haine : ils n’ont que ce mot-là à la bouche. Ainsi, Le Monde titrait, jeudi, « Contre la haine, ces militants qui s’attaquent à la pub ». D’emblée, le décor est planté. Nous sommes dans le combat fondamental, eschatologique, du bien contre le mal. La haine, c’est mal, on est tous d’accord. Le bien est donc incarné par « ces militants » puisqu’ils sont contre la haine. Logique.

En clair, ces militants, c’est les Sleeping Giants, dont il a déjà été question dans ces colonnes, et un autre « collectif » appelé Le Mouvement. Et la haine, c’est qui ? Zemmour, c’est évident. On savait, on ne va pas revenir dessus. Mais la haine, c’est aussi Boulevard Voltaire. La journaliste du journal de référence explique que Sleeping Giants s’en prend tout particulièrement à Boulevard Voltaire parce qu’il « prendrait l’apparence d’un site d’information mais serait, en réalité, un blog “d’opinions […] diffusant un message orienté ciblant les mêmes populations (immigrés, Français d’origine étrangère)”. » On devine que le mot qui fâche, c’est « opinion ». Car dans le monde idéal des Sleeping Giants, on a le droit d’avoir une opinion, à condition que cette opinion soit raccord avec les opinions de Sleeping Giants. La prochaine étape sera l’interdiction des opinions, ça sera plus simple et on gagnera du temps.

J’ai sous les yeux la lettre quotidienne de Boulevard Voltaire de ce 22 novembre. Que de haine, effectivement ! Par exemple, un article sur le débat entre Boris Johnson et le travailliste Jeremy Corbyn. Il est vrai que Johnson est un populiste. Donc, forcément, il doit y avoir du « message orienté » quelque part dans cet article. Un papier de notre ami Nicolas Gauthier titrant « Les héritiers de se déchirent : nique ton maire ! » Du second, voire troisième degré, qui vise, certainement, à stigmatiser au passage « les mêmes populations ». Quant à l’interview de cette intervenante en milieu scolaire qui dénonce, comme Emmanuel Macron, l’exposition des enfants à la pornographie, il y a bien un voyant rouge qui va s’allumer quelque part dans ce beau monde numérique pour signaler qu’en plus d’être haineux, Boulevard Voltaire diffuse du « contenu pornographique », le mot « pornographie » apparaissant dans le titre !

Donc, Sleeping Giants, « pour lutter contre la haine », « pratique une sorte de name and shame (nommer et couvrir de honte) », explique Le Monde, rapportant les mots d’un porte-parole du collectif : « Il n’y a pas d’appel au boycott. Nous alertons les annonceurs, dont nous mettons les valeurs en avant. » Pas d’appel au boycott, non, pas du tout. Un exemple d’alerte de ce « collectif de citoyens » ? D’ailleurs, tout chaud de ce jour : « Redorer l’image du groupe Cardinal avec des pubs TV, bonne idée. Mais passer 4 spots cette semaine sur , autour de l’émission conçue pour que Zemmour déroule sa propagande ignoble, est-ce judicieux ? 40 marques ont déjà répondu “ Non”. Et la vôtre ? » Et tout à l’avenant. « Abject », « ignoble », « propagande », « nauséabond » : ces mots défilent à longueur de tweet. Jugements de valeur balancés comme ça, comme autrefois on graffitait dans les cagoinces du lycée. Curieux « collectif de citoyens ». On croyait que la citoyenneté s’exprimait à visage découvert, sur le forum de la Cité. Visiblement, elle prendrait le chemin des commodités.

Alors, comment ne pas s’étonner qu’un journal de référence (?) ne voie pas le danger qui se cache derrière ce que l’on peut qualifier de délation « abjecte, ignoble, nauséabonde », pour reprendre ces mots qui vont si bien ensemble et employés à l’envi par Sleeping Giants.

Comment ne pas s’inquiéter que le législateur ne voie pas le danger, pour la d’expression, de tels agissements commis dans l’anonymat du Net. Emmanuel Macron ne veut plus d’anonymat sur les réseaux sociaux ? On a envie de lui dire banco !

Et comment, enfin, ne pas être confondu par la naïveté, pour ne pas dire plus, de ce député de LREM, Éric Bothorel, qui a récemment proposé un amendement pour sanctionner les marques présentes sur les sites haineux.

22 novembre 2019

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