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À la question, maintes fois posée, des dix livres que l’on emporterait avec soi sur une île déserte, l’honnête homme de la société mécontemporaine postmoderne pourrait assurément répondre Ce que penser veut dire, dernier opus du philosophe Alain de Benoist qui, en quelque 370 pages, dresse un incontournable panorama des auteurs et des idées qu’il convient de connaître pour décrypter le monde actuel, dont la perception est inévitablement brouillée par ses artéfacts les plus diaboliques que sont l’omni-écran ( et Internet) et le turbo-consumérisme - soit la sidération permanente conjuguée à l’hédonisme frivole et insatiable.

À vrai dire, cet ouvrage serait chaudement à recommander à tout étudiant en droit ou en sciences politiques (auxquels l’on suggérera, du même auteur, son encyclopédique Vu de droite [à l’intitulé, nonobstant, incroyablement vieilli] comme ses substantielles Critiques - Théoriques). L’exposé y est d’une remarquable clarté didactique, impeccablement servi par un style altier, élégant et concis. Un véritable manuel d’histoire des idées, un formidable viatique intellectuel promis à devenir un grand classique.

Débutant par Jean-Jacques Rousseau, le livre se termine par Jean-Claude Michéa. D’aucuns pourraient objecter que la pensée philosophique et n’est pas tout entière contenue dans ce court segment de plus de deux cents ans. Mais, à bien lire chacun des 29 chapitres composant l’essai, on sera amené à avancer l’hypothèse suivante. Fors les affinités littéraires, les prédilections intellectuelles et centres d’intérêt légitimes et bien naturels de l’auteur, peut-on conjecturer que celui-ci s’est vraisemblablement borné au recensement et à l’actualisation des grandes idées et des systèmes idéologiques majeurs qui structurent la pensée européenne depuis les Lumières. Si la philosophie antique ou chrétienne n’est évidemment jamais absente de la trame intellectuelle ou des présupposés axiologiques des penseurs ici sélectionnés, il est indéniable, par exemple, que la découverte de l’inconscient par Sigmund Freud, celle du critère du politique par Carl Schmitt ou de son essence par Julien Freund, la genèse du droit par Villey, la théorisation du syndicalisme révolutionnaire par Georges Sorel, la mise en exergue du "complexe d’Orphée" par Jean-Claude Michéa ou la révolution éthologique de Konrad Lorenz apparaissent comme autant d’explorations pionnières de l’esprit en vue de surmonter les "obstacles épistémologiques", pour reprendre une expression chère à Gaston Bachelard.

Bien loin d’être une terne et aride description des thèses et doctrines de philosophes, d’écrivains ou de scientifiques, Ce que penser veut dire témoigne d’une réelle proximité, sinon d’une pudique complicité de son biographe avec ces derniers. Ainsi Benoist, livre-t-il, pour le plus grand bonheur du chercheur, cette réflexion quasi aphoristique que Lorenz lui aurait confiée, alors qu’il lui rendait visite "dans sa maison d’Altenberg, près de Vienne" : "Si vous dites que l’homme est un animal, vous avez raison, mais si vous dites que l’homme n’est qu’un animal, vous avez tort."

Bref, le lecteur est exquisément invité à cheminer avec Raymond Abellio, Leo Strauss, Denis de Rougemont, Ernst Jünger, Montherlant, Rousseau, Koestler, Goethe, Péguy, Jung, Marx, Jacqueline de Romilly, Hannah Arendt, Heidegger, Nietzsche, Jules Monnerot, Gustave le Bon, Jean Cau, Jean Baudrillard, Emmanuel Berl, les romantiques allemands. Il est fortement incité à se perdre allègrement dans ces pages denses mais nullement obscures, instructives sans être aucunement pédantes, mais ô combien aériennes. Au faîte de la pensée, l’air y est censément plus pur. Grâce à Alain de Benoist, l’on sait depuis longtemps qu’il n’y a pas qu’en lisant L’Action française que l’on peut faire une cure d’altitude mentale…

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16 mai 2017

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