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Critique cinéma pour l’hebdomadaire Valeurs actuelles, auteur d’un remarqué Dictionnaire passionné du cinéma (Éditions de l’Homme nouveau) et spécialiste de Woody Allen, Laurent Dandrieu nous offre à nouveau un livre indispensable, Une cinémathèque idéale, que regarder en famille de 5 à 16 ans, paru aux Éditions Critérion.

Ce guide est précédé d’une belle réflexion sur cet art si particulier qu’est le cinéma, sur le pouvoir de l’image qui peut avilir mais aussi élever, qui permet de susciter réflexions et controverses et de stimuler l’imagination. En effet, nous dit l’auteur, le cinéma est « l'art de l’incarnation par excellence » et peut être « une voie privilégiée à la splendeur du vrai ou un témoignage révélateur sur la misère d’un monde aveugle au surnaturel et englué dans l’enfer des passions ». C’est, poursuit-il, « un art total qui mobilise dans un même élan la puissance de l’image, l’impulsion du mouvement, les modulations de la musique, la palette des couleurs et des contrastes de noir et blanc comme la force des paroles, le cinéma est peut-être, de tous les arts, celui qui impressionne le plus vivement et le plus insidieusement les esprits, le spectateur pouvant facilement s’y enfermer dans un rôle purement passif. »

La verticalité d'un art

Ce guide est incontournable pour toute famille désireuse de s’approprier une culture cinématographique commune qui ne ressorte pas du pur divertissement, mais qui assume une verticalité forgée sur la conscience qu’ont les parents de « l’importance cruciale que (le cinéma) a, pour le meilleur et pour le pire, dans la formation des jeunes esprits ».

Très bien conçu, l’ouvrage répertorie plusieurs centaines de films selon le genre – dessins animés, Mieux vaut en rire, Émois émois émois, à l’aventure, Vers l’infini et au-delà, etc. – et l’âge auquel ils peuvent être visionnés. On découvre, une page après l’autre, de véritables pépites : par exemple, dans la catégorie dessins animés, la part belle est faite au cinéma japonais, tout de poésie et d’esthétisme. Saluons, au passage, une belle ouverture qui secoue la chape de plomb de l’hégémonie culturelle américaine dont les dernières productions Disney ou Netflix sont le symbole paroxystique.

Ce guide dont l’auteur revendique la subjectivité n’est pas un catalogue prétendant à l’exhaustivité, ce n’est pas non plus, nous dit l’auteur, « une anthologie du cinéma édifiant ». En revanche, chaque critique, chaque commentaire donne les clés pour permettre aux parents de « communier avec leurs enfants au spectacle de cet art magique entre tous, art tout d’illusions mais qui renvoie aussi de la réalité un miroir qui nous permet d’y réfléchir ».

Le film comme expérience familiale

Le cinéma est vu ici sous l’angle du divertissement, certes, mais il est surtout élevé au rang d’école d’humanité pour jeunes et moins jeunes : ces films ne sont pas à faire voir à vos enfants mais à regarder en famille pour créer ces expériences communes qui forgent une identité familiale, qui participent pleinement au devoir de transmission de tout parent, qui donnent le sel de discussions familiales sur tous les enjeux moraux de la vie. L’on comprend à quel point l’expérience cinématographique ne s’arrête pas au générique de fin : elle ouvre les portes de la réflexion, de l’imagination et du sens critique.

Si ce guide foisonnant parcourt toutes les époques et toutes les latitudes, l’un de ses aspects les plus originaux est de faire découvrir à tous le cinéma familial des années 30 à 50, où il connut son âge d’or. Indispensable, car voir un film ancien, c’est, « à notre époque abrupte et relâchée, faire une plongée exotique dans un monde où les rapports sont souvent empreints de délicatesse et de courtoisie, un monde aussi où les personnages sont souvent imprégnés jusqu’à la moelle de culture chrétienne ».

Un voyage dans l’Histoire, une promenade esthétique et initiatique : et maintenant, pour une fois, tous à vos écrans !

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01 décembre 2023 à 18:32

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5 commentaires

  1. Mais oui , ces films sont certainement passionnants à voir en famille; mais comme pour les militants d’un parti politique qui se réunissent , tout ce petit monde reste dans l’entre soi entre gens convaincus. Comment aller faire des projections dans les quartiers dits sensibles où ce serait plus utile ?

  2. Merveilleuse époque qui a vu la naissance du cinéma, un art complet de l’image, du mouvement, du texte, de la littérature. Dans les siècles passés, qui auraient pu prévoir un tel miracle ?

  3. Je dînais avec mes amis britanniques ce vendredi soir à Londres ou je réside, nous parlions cinema, du Napoléon américain, qui ne semble pas déchaîner les passions ici.
    Tous montèrent leur intérêt pour le cinéma français d’avant, celui de ma génération des boomers, et ne tarissaient pas d’éloges pour Tati.
    C’est ainsi que j’appris que la BBC avait pour habitude « dans le temps », de programmer des films français pour les fêtes de fin d’année.
    De nos jours cette institution n’ayant rien à envier au wokisme du service publique français, les choses ont bien changé.
    Il faut chercher loin en arrière pour faire ses choix maintenant.

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