Lorsqu’on regarde la presse française, certains titres ne manquent pas d’étonner. Celui-ci, par exemple, dans Sciences et Avenir daté du 10 mars : « Coronavirus : pourquoi les États-Unis semblent-ils si peu touchés par le Covid-19 ? »

Pascal Crépey, un enseignant-chercheur à l’École des hautes études en santé publique (EHESP), avance alors quatre hypothèses hautement scientifiques mais néglige ce qui apparaît lorsqu’on est dans le pays de  : le mensonge. La vérité qui se fait jour ici, c’est que personne ne sait combien de personnes sont infectées pour la simple raison qu’on commence tout juste à les tester.

J’ai rejoint, hier, le Connecticut depuis le Canada. La ville toute proche de mon lieu de résidence vient d’être bouclée par la garde nationale : le gouverneur a décidé la mise en quarantaine de New Rochelle. J’ai appris, en arrivant, que l’université de Syracuse – parmi de nombreuses autres –, au bord du lac Ontario, fermait jusqu’au début d’avril bien qu’on n’y ait encore recensé officiellement aucun malade…

Les États-Unis ont pris un retard considérable dans la détection des malades et, donc, dans la prise de mesures pour préserver un public dont la santé, on le sait, n’est absolument pas une préoccupation prioritaire. Chose qui paraît inouïe à nos yeux de Français, les organismes d’État (Centers for Disease Control et Food and Drug Administration) ont, pendant des semaines, interdit l’utilisation de tests de dépistage, cela, pour des raisons tout à la fois de libertés individuelles et d’économie. On n’a donc aucune idée du nombre de personnes infectées sur le territoire américain.

Il a, ainsi, été interdit aux laboratoires de recherche qui testaient les patients pour la grippe de faire, dans le même temps, la recherche du Covid-19. Interdit, également, à ces laboratoires d’élaborer eux-mêmes leurs matériels de dépistage, seuls étant autorisés les kits agréés par la FDA, qui supervise les autorisations de mise sur le marché. Or, bien que Donald Trump ait prétendu qu’il y en avait « des millions » à disposition, seuls 8.500 étaient disponibles dans un premier temps. Pour une population de 327 millions d’individus… Enfin, les laboratoires disent avoir dû s’adresser aux Européens pour connaître l’ADN du virus, le CDC rechignant à leur communiquer l’information.

Faute de mesures et faute de la moindre anticipation, c’est donc la panique qui s’installe sur tout le territoire. Il faut ajouter à cela un problème spécifique aux États-Unis : l’absence de couverture médicale de la majorité des gens, le peu de prise en charge réalisé sous le mandat d’Obama ayant été balayé par l’administration Trump. Au nom de la liberté individuelle, les dépistages sont laissés à l’initiative des malades… qui doivent les payer au prix fort. Nombreux sont donc ceux qui ne les feront pas, d’autant plus qu’en cas de maladie, ils hésiteront tout autant à cesser leur travail puisque, là encore, aucune prise en charge ne leur est offerte.

La réponse de Donald Trump est toujours la même : offrir des baisses de charges aux entreprises dont la marche serait impactée, mais rien en direction du public. Business is business. La seule chose qui l’inquiète réellement serait un ralentissement de l’économie pouvant entraver sa réélection.

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