Culture - Editoriaux - 10 août 2019

Lecture de l’été : Le Bazar de la Charité, de Paul Morand, 1944

Cette nouvelle de Paul Morand nous plonge dans un fait divers particulièrement dramatique, l’incendie du bazar de la charité. Le 4 mai 1897, alors que des centaines de personnes se pressaient à cette vente de bienfaisance, un incendie se déclara et fit plus de cent vingt victimes. La plus illustre fut la duchesse d’Alençon, sœur de l’impératrice Sissi. Cela se passait rue Jean Goujon, à Paris.

L’auteur s’appuie sur ce drame pour nous offrir une de ses meilleures nouvelles. Le vaudeville y côtoie la tragédie sans aucune fausse note. Le style incisif de Morand fait merveille, particulièrement dans la description de l’incendie, d’une grande intensité.

Les rééditions récentes de ce petit texte, chez Folio et chez L’Imaginaire, l’ont associé à trois autres nouvelles sous le titre général Fin de siècle.

L’une d’entre elles est également remarquable : il s’agit de Fleur-du-ciel.
À Vienne, en 1900, trois officiers (français, allemand et autrichien) tombent amoureux de la ravissante Ida Maria. Leur amitié est ébranlée par cette concurrence qui tourne à la tragédie.

La nouvelle s’achève à Pékin, lors de la révolte des Boxers, et Morand nous donne toute l’étendue de son talent en décrivant le siège des légations européennes puis en nous offrant, comme il sait si bien le faire, une chute magnifique.

On peut lire aussi Feu Monsieur le Duc, l’histoire de ce vieil homme riche, misanthrope et célibataire. Ses frères et sœurs guignent son héritage mais il n’aime que les enfants. Il reçoit ses neveux et nièces pour des fêtes inoubliables et ils seront les seuls à être tristes de sa mort. Une chasse au testament burlesque commence.
En revanche, le lecteur pourra passer La Présidente, satire assez sordide d’une riche et détestable Américaine.

Il est un peu dommage que cette nouvelle ratée figure à côté de trois très belles réussites, mais c’est ainsi. Morand a trop écrit pour que tout soit inoubliable, et l’on pardonne beaucoup à celui qui nous a laissé aussi Parfaite de Saligny et le Flagellant de Séville.

Retrouvez ce livre, et bien d’autres sur Leslivresdantoine.com

À lire aussi

En limogeant le faucon Bolton, Trump met fin à la doctrine du changement de régime hostile et c’est heureux !

Trump crie, menace, mais préfère finalement négocier que frapper. Heureuse évolution dont …