Le vaccin est particulièrement attendu cette année, et il vient d’arriver ! La vaccination du personnel commence déjà dans les hôpitaux, dont celui où j’exerce. Elle n’est pas encore obligatoire, mais vivement recommandée, comme pour les « personnes à risque ». Je parle du nouveau vaccin antigrippal, dont une hausse de la consommation est quasi certaine. J’imagine, en effet, que beaucoup de ceux qui attendent anxieusement le vaccin contre le Covid-19 vont se rabattre, par défaut, sur ce vaccin pour se rassurer. Pourtant, le risque grippal semble limité, cette année, puisque les gestes barrières au coronavirus sont aspécifiques et devraient donc réduire l’épidémie de grippe, même sans vaccin.

La pandémie de Covid-19 n’a pas changé la recommandation vaccinale habituelle de la Haute Autorité de santé qui s’adresse uniquement aux sujets à risque, tels les immunodéprimés ou insuffisants respiratoires, et notamment tous les sujets de plus de 65 ans. Pour éviter l’engorgement d’hôpitaux déjà sur-occupés, il est particulièrement souhaitable, cette année, que cette population à risque de complications soit vaccinée. Certains souhaitent une extension de la vaccination antigrippale à toute la population, mais le mieux peut s’avérer l’ennemi du bien. Il faut se souvenir que la vaccination antigrippale est souvent loin d’être efficace à 100 % et ne protège pas des autres virus. Prise comme prétexte à l’oubli des gestes barrières cet hiver, elle serait délétère. Passera-t-on ce message non alarmiste : la prévention du Covid-19 prévient aussi la grippe, respecter les gestes barrières est essentiel et, sauf cas particuliers, le vaccin antigrippal est donc moins utile cette année ?

Ce message apparaîtra sûrement pas assez vendeur et progressiste. Le progrès, c’est la « croissance », liée à une consommation effrénée, dont celle de vaccins. Pourtant, les mesures actuelles de prévention paraissent déjà excessives à certains. Les nombreuses restrictions pour contenir le coronavirus peuvent faire penser que nous risquons, comme des hypocondriaques, de gâcher notre vie par l’obsession de la sauver. Paraphrasant L’Avare, de Molière, on pourrait dire : « Il faut se soigner pour vivre et non pas vivre pour se soigner. »

C’est bien connu, on n’arrête pas le progrès, et la vie est une MST 100 % mortelle. Il est vrai que cette maladie engendre bien des souffrances, y compris chez les animaux. Pour ceux des cirques ambulants, la maladie honteuse va disparaître, éradiquée par la loi. Plus subtile pour les humains, le progrès aborde cet angoissant mal par les deux bouts sans négliger le milieu. Commençons par la fin. Une euthanasie plus active sera le progrès thérapeutique résolvant la pénible fin de vie. À l’autre bout, on éradiquera le cri de douleur de la naissance. En prenant le mal à la racine, sa transmission sexuelle, on parviendra au « meilleur des mondes » Son éradication est en marche. Le premier pas est la famille sans père. Ensuite, c’est la naissance sans parent grâce à la PMA généralisée obligatoire, sans aléa familial. La PMA sans père annihile le risque d’un père violent. La PMA sans parent garantit, en plus, le risque de mère abusive et la parité. Entre les deux bouts, s’il persiste quelque souffrance, quelque signe de vie, il est de mise, dans le roman d’Huxley, d’avaler une dose adaptée de soma pour échapper à la réalité en endormant ses sens. Le soma existe déjà sous diverses formes, tel le cannabis. Automédication encore trop clandestine et non remboursée, il ne reste qu’à promulguer une nouvelle loi de progrès.

Se réveillera-t-on une fois ce rêve anticipatoire achevé ? Non, le divin Progrès conduira à le dépasser. Sans aucun sens, mais avec un cœur économique battant, la société approche du « stade de coma dépassé ». Ce terme étant un euphémisme, il apparaît que la vie sera alors guérie. Sauf miracle.

4 octobre 2020

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