Dans un entretien donné, en juillet dernier, à Public , la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio (), auteur du rapport de la commission d’enquête sur « la radicalisation islamiste », précisait que Bruno Retailleau, le président du groupe (), « avait souhaité qu’on fasse une commission d’enquête parce qu’une commission d’enquête est force de propositions et force d’analyse ». Mais la simple mission d’information est également force d’analyse et de propositions. Ce que la sénatrice ne dit pas, et qui différencie de façon notable les deux exercices, c’est que la commission d’enquête a un pouvoir de coercition que n’a pas la mission d’information. C’est la raison pour laquelle, si les sénateurs peuvent se féliciter d’avoir fait « 44 propositions pour combattre la radicalisation », il n’est pas à leur honneur d’avoir manqué de courage face à deux organisations islamistes.

La presse n’en ayant pas parlé, personne ne sait que les représentants du CCIF et de l’ex-UOIF, convoqués par la commission pour être auditionnés, ne se sont pas présentés. Que dit la loi ? « La personne qui ne comparaît pas ou refuse de déposer ou de prêter serment devant une commission d’enquête est passible de deux ans d’emprisonnement et de 7.500 euros d’amende. »
« N’est-ce pas obligatoire de se présenter devant la commission d’enquête ? » demanda un sénateur. « Oui, c’est une obligation à laquelle on ne peut se soustraire. Nous nous réservons le droit d’envisager des suites », répondit la présidente. En d’autres termes, « nous nous réservons le droit d’avoir un jour du courage ».

Après des élections sénatoriales sans surprise, Gérard Larcher fut réélu également sans surprise à la tête du Sénat. On a oublié qu’il lui fut reproché d’avoir mis la pression sur le gouvernement pour que se tînt, en pleine pandémie, le 1er tour des élections municipales. Reprenant son fauteuil sous les applaudissements, il remercia ses collègues, puis salua la mémoire de son prédécesseur, Christian Poncelet (UMP), disparu à l’âge de 92 ans. On a oublié que celui-ci refusa, en 2008, d’installer l’emblème national dans l’Hémicycle au prétexte que le bureau du Sénat n’avait pas voté cette installation à l’unanimité. Poursuivant, Gérard Larcher déclara notamment que le Sénat était un « espace de respiration dans la République ». On a oublié qu’en 2014, il avait eu cette formule tout aussi bavarde : « Le Sénat peut relever la République. » Puis il dénonça « l’impuissance de l’État et de la technostructure ». On n’a pas pu oublier, puisqu’on ne l’a pas su, que les représentants d’organisations islamiques n’ont été aucunement sanctionnés pour non-comparution devant la commission d’enquête du Sénat.

D’après une étude du CEVIPOF parue en mars dernier, 79 % des Français éprouvent un sentiment négatif quand ils pensent à la politique, 27 % éprouvent même du dégoût. Le pays se désespère d’assister, depuis des années, au grand remplacement de l’action politique par des discours convenus et coupés des réalités.

Mieux que les éloges funèbres et les plaques commémoratives, mieux que les roulements de tambour et les décorations à titre posthume, faire enfin respecter la loi de la République et, avec elle, la France et les Français serait rendre un véritable hommage à toutes les victimes du terrorisme islamiste. Ce serait le signe que l’on a compris que la seule voie possible pour le pays est celle du devoir et du courage, comme l’a montré de façon éclatante le colonel Arnaud Beltrame.

Aux électeurs à honorer demain sa mémoire… dans l’isoloir !

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