Le spectacle continue

Le Salon de l’agriculture est une scène importante de la politique. Ce fut l’Olympia de Narcisse-Jupiter ! Les Français aiment la terre, même s’ils sont de moins en moins nombreux à en vivre. Aussi, le président de la République a intérêt à y faire bonne figure. Macron a transformé le Salon en champ de manœuvres : il s’agissait, pour lui, d’attaquer sur un terrain qui n’était pas le sien.

Le Président des villes devait se montrer à l’aise aux champs. Il devait aussi, après une séquence internationale qui éloigne, revenir sur Terre et jouer la proximité. En ces temps de Jeux olympiques, l’affichage a été sportif. Le record a été battu : 12 h 30 de présence, de l’ouverture à la fermeture, pratiquement. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Narcisse-Jupiter n’a pas supporté les sifflets, et il a cru devoir faire la leçon à de jeunes agriculteurs. L’arrogance est facile face à des gens dont le métier ne consiste pas à parler. Ce fut la grande erreur de la journée, qui “en même temps” révélait une nouvelle fois une personnalité dangereuse au poste qu’il occupe. La surestimation de soi est le pire défaut chez un responsable politique de premier plan. Il y a des moments où un homme politique doit, avant tout, écouter, recevoir les doléances plutôt que brandir ses certitudes. C’est cet aspect important de monarque protecteur que Macron néglige dans la fonction présidentielle.

En cela, il ne fait qu’accentuer l’erreur du quinquennat qui gomme la différence entre l’Élysée et Matignon. Macron, comme Sarkozy, incarne une politique qui ne peut être celle d’une grande majorité de Français. Il a, d’ailleurs, commis une seconde erreur qui a consisté à opposer le “cheminot” titulaire d’un statut au paysan qui n’en possède pas. Le Président est le dernier, dans le pays, à devoir jeter les Français les uns contre les autres, même si, en l’occurrence, il soulignait là une vérité.

Le Président actuel équilibre encore un défaut et un atout. Son défaut est de n’avoir pas eu de véritable expérience politique, de n’avoir pas même été conseiller municipal, de n’avoir eu aucun contact avec les vraies gens dans une circonscription, de sortir directement de la haute administration, des conseils d’administration et de cabinets où, dans l’entre-soi de l’énarchie, on décide pour les autres en vertu d’un savoir seriné dans les écoles et d’études menées par des laboratoires d’idées orientés. Il veut, à partir de là, changer la France. En a-t-il la légitimité ? Dans les limites de la Constitution, oui, mais chacun sait que ce n’est pas suffisant lorsqu’on n’est pas capable de soulever un sentiment d’adhésion dans une grande majorité de la population. Pour cela, il faut qu’en dehors même des projets, il y ait une identification affective à la personne. Et c’est loin d’être gagné.

M. Macron bénéficie, en revanche, d’un contexte éminemment favorable. L’économie mondiale se porte plutôt bien, et beaucoup de ses réformes sont tellement nécessaires, ont été tellement ajournées par la “droite” peureuse qui a gouverné la France à plusieurs reprises que l’occasion de les réaliser est meilleure que jamais.

Les agriculteurs veulent vivre de leur travail et de leurs produits. Le gouvernement entend ne pas sacrifier le pouvoir d’achat plus qu’il ne le fait déjà avec l’augmentation de la CSG et les hausses actuelles. Les grands distributeurs et, en amont, les transformateurs, les industriels pourront-ils rémunérer les producteurs à leur juste prix ? Les premiers risquent bien de faire appel à la concurrence étrangère. Les seconds voudront conserver leurs marges. Qui fera croire que le Président Macron sera un conservateur de l’agriculture française telle qu’elle est ? L’opération de samedi était du grand art, et l’art est, comme le disait Aragon, un “mentir vrai”, un spectacle dont il faut retenir les images et oublier les paroles.

À lire aussi

« L’Europe, c’est la paix » : Mme Loiseau se moque du monde !

Ce poncif repose sur une faute logique assez courante : on constate la concordance de deux…