Dans la pièce de Samuel Beckett, on a attendu Godot et il n’est jamais venu.

Depuis des mois, on nous fait languir avec un discours important que le président de la République s’apprêterait à prononcer sur l’islam, le communautarisme et la radicalisation. De jour en jour, on nous l’annonce et, pour l’instant, il est demeuré virtuel. On sait seulement qu’ préfère le terme « séparatisme » à « communautarisme ».

Pourquoi pas ?

Il semble qu’on réfléchisse intensément et qu’un déjeuner récent a même réuni, à l’Élysée, intellectuels, sociologues et responsables associatifs et deux ministres pour fournir des pistes et des orientations au Président, qui les trouverait « trop faibles » (Le Parisien).

On a cru comprendre que, « pour rétablir l’ordre républicain », celui-ci chercherait à redonner une place importante au Conseil français du culte musulman (CFCM), dont le président vient de changer. L’idée n’est pas mauvaise si cet organisme se montre plus offensif contre les dévoiements de l’islam, meurtriers ou non.

Pourquoi pas ?

Tout est bon à prendre, dans cette quête interminable du bon moment et du verbe présidentiel adéquat. D’autant plus qu’au lieu de prévoir un traitement particulier pour chacun de ces thèmes – islam, « séparatisme » et radicalisation -, on a persuadé Emmanuel Macron de les appréhender de manière unique.

Derrière cette course de lenteur, il y a pourtant un butoir qui est le premier tour des élections municipales. Puisqu’il est essentiel, pour le pouvoir, de couper l’argumentation sous l’esprit des oppositions, spécialement LR et le RN. Ce qui pourra advenir, si un jour l’intervention présidentielle se concrétise, sera dans tous les cas lesté d’une charge politique, voire partisane, qui en altérera le fond.

À force d’aviver notre attente, Emmanuel Macron ne pourra plus se permettre de nous diffuser un message – plus salmigondis vertueux pour n’effaroucher personne qu’énergie déterminée pour faire face aux dangers qui menacent la France et les citoyens dans leur quotidienneté et leur vivre ensemble.

Islam, islamisme, radicalisation et terrorisme : un cycle infernal ?

Des voyous et des délinquants se refaisant une virginité en prison et, sous l’influence salafiste, prêts à perpétrer le pire.

Des cités où le séparatisme est poussé à son comble, avec une contrainte maximale sur les jeunes filles et les femmes obligatoirement voilées, et le trafic de stupéfiants comme moyen d’existence.

La pression constante exercée par un islam conquérant et développant à l’air libre, dans un climat pourtant républicain, intolérance, intimidation et menaces de mort.

L’ambiguïté à dissiper entre la liberté du choix, acceptable tant qu’il demeure exclusivement religieux, et les mille atteintes qui n’ont pour vocation que de grignoter notre terrain démocratique et notre socle non négociable de principes en testant notre capacité de résistance. Chaque particularisme imposé et maintenu étant une victoire, chaque brèche dans la mixité une avancée, chaque burkini une régression. L’islam fort et dominateur ne faisant qu’une bouchée de l’islam modéré dont on recherche désespérément une expression claire et nette.

La proclamation que le judaïsme et le christianisme ne sont pas des problèmes et qu’il est inutile, pour se donner bonne conscience, de les englober dans une réflexion générale avec l’islam.

Le Président n’a pas à « revoir sa stratégie ». Puisqu’on n’a rien vu encore.

On attend toujours. Puisque les « solutions trop faibles » sont à répudier, on attend les siennes.

On espère qu’enfin, si Godot, lui, n’est jamais venu, Macron surviendra et qu’il aura une parole et des propositions dignes, par compensation, du temps qu’il aura fait perdre à l’unité française.

Extrait de : Justice au Singulier

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