Editoriaux - Société - 9 février 2020

Avouer son racisme autour d’un repas à 2.500 euros, voilà qui est chic !

« Récemment, en conduisant ma voiture, j’ai croisé une personne de couleur noire et j’ai présupposé que ses intentions étaient mauvaises. » C’est par cette honteuse confession qu’Alison Gubser expurge son racisme immanent de femme blanche bourgeoise libérale, libérale dans sa signification outre-Atlantique, s’entend gaucho-progressiste. Bienvenue à la soirée privée Race to Dinner, ou Race à table, un concept novateur d’exorcisme racial ethno-masochiste sur base volontaire, conceptualisé par Saira Rao et Regina Jackson, s’identifiant respectivement Afro et Indo-américaine, et tirant parti qu’un nombre croissant de femmes blanches fortunées sont disposées, aux États-Unis, nous rapporte The Guardian, à payer 2.500 dollars un repas dans le seul but d’affronter leur privilège de Blancs et avouer leur racisme, conscient ou inconscient, mais consubstantiel à leur étiquette cutanée. Et bon appétit.

Partant du postulat que ces femmes en quête d’autoflagellation, souvent démocrates et militantes pour l’inclusion et la diversité, ont appris à ne jamais quitter la table du dîner, la discussion sans ambages ou concessions est dirigée de main de maître par les procureurs de cérémonie. N’y voyez aucune malice ou perversion, dans ces confessionnaux gastronomiques, le seul fouet de circonstance est celui utilisé pour battre des blancs.. en neige, il va de soi. « Qu’avez-vous avez fait de raciste, récemment ? » L’ambiance est provocatrice, souvent condescendante, parfois mesquine, mais évidemment toujours bienveillante. « Si vous faisiez cela dans une salle de conférence, elles partiraient », explique Rao, car ces Blanches fragiles pleurent souvent au cours de ces dîners expiatoires, leur malaise est palpable. Heureusement, elles en sortent « éveillées », reconnaissant leurs « préjugés incontrôlés », désireuses de poursuivre leur parcours antiraciste par certaines « lectures assignées », des discussions de suivi, voire la rédaction d’un journal où seront soigneusement répertoriées les décisions ou les pensées « non surveillées » coupables de leur racisme systémique. Elles avouent faire partie du problème et veulent faire partie de la solution. Émouvant, n’est-ce pas ?

Mais tout n’est pas si blanc ou noir, ou même rose. Quelques dîners ont dérapé, certaines participantes en sont presque venues aux mains ou à des insultes raciales proférées à l’égard des organisatrices, dénonçant un certain degré de dogmatisme, d’agressivité et de représentations biaisées de la réalité raciale.

Au pays de la gastronomie républicaine, l’idée mériterait d’être importée au plus vite. Les militantes antiracistes et afro-féministes du terroir qui nous ont déjà académiquement expliqué l’impossibilité, pour l’homme blanc, d’incarner l’antiracisme car « il ne peut pas avoir raison contre une femme noire ou une arabe », nous organiseraient ça très bien, par exemple, autour de buffets à thème.

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