Dans Libé, le 10 février, un nouveau délire progressiste, saison 27, épisode 14 : rubrique lifestyle-dégustation, Œnologouine (oui, Œnologouine) pour « du vin sans sexisme ni paternalisme ». On pense avoir tout vu, on pense avoir tout dit. Rien n’y fait, après le changement, le progressisme, c’est maintenant, et c’est émerveillant.

Avec Œnologouine, on découvre donc le monde du vin « sans sexisme ni paternalisme». Entre autres joyeusetés sectaires, après les ateliers en non-mixité raciale et les messes indigénistes, roulements de tambour : les ateliers d’œnologie à destination des femmes lesbiennes et des personnes queer, proposés par Delphine Aslan, caviste de formation. Lesdits ateliers sont ouverts à tout le monde, sauf (évidemment) aux hommes cis. Dans le jargon non binaire, on appelle ça la « mixité choisie », une connotation qui fait moins effet « heures les plus sombres » que, par exemple, apartheid progressiste, moins mauvais genre en tout cas. Car si le vin a sa lie, le progressisme féministe a la sienne : c’est le patriarcat, c’est l’homme hétérosexuel, de préférence blanc (catho est un plus, dans le CV). Descartes a sorti, un jour de grande lucidité, un « Je pense, donc je suis » ; pour les féministes, c’est plutôt « Tu es homme blanc, donc tu es sexiste » et/ou violeur et/ou violent, et moi et moi. La lucidité ? Aux abonnés absents.

Pas de jugement dans l’air dans les ateliers d’Œnologouine, des « lieux sûrs », sans avoir à se justifier, ni de volonté d’avoir l’air plus malin que les autres : « On rit et on apprend sans complexe ! » Clair comme l’eau de roche : le progressisme féminisme a décomplexé les femmes, il les a surtout épanouies. Ça se voit, il suffit de regarder les quelques spécimens autour de soi. D’ailleurs, à la question sur les éventuels reproches sur son choix de « mixité choisie », Delphine avoue qu’on lui « a déjà demandé d’accepter exceptionnellement la présence d’un homme lors d’un atelier, en arguant notamment qu’il était “très gentil” […] Un homme, même “très gentil”, peut suffire à intimider. Sa seule présence peut enlever la spontanéité du groupe. Alors c’est bien s’il est “très gentil”, mais dans ce cas, je l’invite à aller être “très gentil” ailleurs. Autrement dit, dans les autres ateliers d’œnologie qui lui sont ouverts, c’est-à-dire tous [rires]. »

Le vin tourne au vinaigre avec une dérive complètement bouchonnée du progressisme à laquelle on s’attendait pourtant, mais qui ne cesse de nous épater. Elle ne fait, d’ailleurs, que commencer. Le progressisme a voulu faire sortir les minorités opprimées de leurs ghettos, le droit à la différence. Il a, finalement, réussi le coup de force de les enfermer dans leurs goulags en non-mixité. Et puis, serait-ce bientôt au tour des « taxidermistes trans » d’avoir leurs ateliers estampillés référentiel culturel commun, les « philatélistes non binaires racisés » timbrés en non-mixité choisie, les « cruciverbistes gays »…

Selon le poète britannique Lord Byron, « le vin console les tristes, rajeunit les vieux, inspire les jeunes, soulage les déprimés du poids de leurs soucis ». Il serait grand temps que celui-ci réveille les féministes de leur torpeur progressiste.

12 février 2021

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