Culture - Editoriaux - Histoire - Sciences - Société - 26 août 2017

Langues anciennes et révolutions numériques : l’école de tous les dangers !

M. Blanquer, dans un entretien sur France Culture en date du 27 juillet 2017, cherche à faire croire qu’il rétablira l’honneur du latin et du grec ancien en espérant que nous relaierons ce message, mais en orientant idéologiquement ce “renouveau” des langues anciennes dans les programmes officiels en passant par le numérique et les idéologies du XXIe siècle.

Ne nous laissons pas abuser par une déclaration apparemment rassurante, voire conservatrice : “Lors de la réforme du collège menée par mes prédécesseurs, on a véhiculé un message contre-productif, selon lequel le latin serait désuet et élitiste. C’est totalement faux. Le latin est au cœur de notre langue, donc structure notre mentalité. La question de l’étymologie est fondamentale, dès le primaire. Les enfants peuvent faire des jeux avec l’étymologie. Au collège, les cours de latin et de grec sont rétablis, pas autant que je l’aurais souhaité, mais sur les cinq années à venir, je veux un retour du latin et du grec, adapté au XXIe siècle, qui crée du désir.”

Il me semble percevoir trois dangers dans cette déclaration.

Tout d’abord, tenter de justifier l’intérêt des langues anciennes par la seule étymologie est réducteur. Certes, il est vital de comprendre comment de “tripalium” (instrument de torture) on est passé à “travail”. Mais les langues anciennes aboutissent à de nombreuses autres applications, toutes plus utiles les unes que les autres : sciences naturelles, physique, chimie, droit, philosophie, histoire, rhétorique, histoire des arts, archéologie, culture générale…

Ensuite, que signifie l’expression “adapté au XXIe siècle” ? Sous prétexte qu’un bloc de marbre aura été sculpté spécifiquement pour le Taj Mahal au XVIIe siècle, ce monument ne serait pas adapté au XXIe siècle ? La question n’est pas de savoir si une langue ancienne est adaptée ou non à notre siècle (elle fait de facto partie du patrimoine de l’humanité) mais comment le XXIe siècle s’accommodera à elle. S’il s’agit, par ailleurs, d’insinuer que les langues anciennes devront s’adapter au numérique, alors deux remarques seront à formuler : la première constatera que le latin, par exemple, est déjà adapté au numérique – des sites entièrement rédigés en latin ou qui permettent de s’y exercer existent déjà ; la seconde remarque consiste à se demander avant tout s’il est vraiment judicieux de vouloir faire entrer le numérique au collège.

Enfin, les derniers mots de cette déclaration peuvent inquiéter. Que signifie, en effet, l’expression “qui crée du désir” dans un cadre pédagogique ? Le « désir » est le sentiment d’un manque fondé sur une frustration qui pousse l’individu à chercher à combler ce manque : en ce sens, l’élève peut « éprouver » le « désir » d’apprendre, mais il ne faut en aucun cas sciemment « créer », « provoquer » de « désir », d’autant que monsieur Blanquer ne précise pas l’objet de ce désir… On pourrait croire qu’il s’agit du désir d’apprendre, mais nous vivons actuellement dans une société qui cherche même à créer de vains désirs pour pousser à la consommation. L’idéologie du genre ne pointe-t-elle pas son nez ? Effacer les différences, éduquer à la sexualité, créer du désir en tout visent un seul et même objectif : supprimer l’identité d’un individu (sous prétexte de lui en accorder une autre) afin de le rendre corvéable. Serait-ce là l’idéal de monsieur Blanquer ?

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