Depuis le 31 décembre, Jimmy Lai, ce grand patron de presse hongkongais, est en prison. Rien ne lui aura été épargné : 200 policiers pour perquisitionner sa société, quatre arrestations successives, des menaces, des dégradations à son domicile et un procès attendu au mois d’avril à Hong Kong. Accusé de « collusion avec l’ennemi », ce milliardaire de 73 ans est devenu l’ennemi public numéro 1 du régime chinois.

À la tête du média numérique Apple Daily, c’est un infatigable critique du régime communiste qu’il a fui à l’âge de 12 ans clandestinement à bord d’un bateau de pêche à destination de Hong Kong, la région des possibles… Le début des boulots de misère qu’il enchaîne avant de gravir, peu à peu, les échelons de la réussite. La spéculation en Bourse lui permet de racheter des entreprises jusqu’au lancement de sa propre marque de vêtements, Giordano. Ce sont les images de la répression de la place Tien An Men qui le décident à créer son propre organe de presse, d’abord le magazine Next, puis le média en ligne Apple Daily. Tribune pour dénoncer la dictature de , c’est aussi le deuxième média le plus lu à Hong Kong, même si boycotté par les entreprises, et le dernier organe de presse d’opposition.

Depuis 1997, date de rétrocession à Pékin, l’étau communiste se resserre sur Hong Kong. Dans les textes, cette ancienne colonie britannique aurait dû garder un statut autonome par rapport à la . Mais la loi sur la sécurité nationale entrée en vigueur en juin 2020 autorise la Chine à poursuivre et emprisonner les opposants politiques et culturels. Depuis des mois, les Hongkongais descendent dans les rues pour dénoncer cette atteinte à leurs droits et les menaces qui pèsent sur leurs libertés.

Vue de , on saisit mal que cette contestation menée essentiellement par des jeunes est alimentée par les églises chrétiennes bien placées pour comprendre ce qui se joue. D’où les images de ces nombreux crucifix brandis par les manifestants, de ces chants scandés par des millions de Hongkongais comme « Sing Hallelujah to the Lord ». Dans une région du monde où, pourtant, plus de 50 % de la population se déclare sans religion mais qui compte plus de la moitié de ses écoles chrétiennes, les seuls 11 % de chrétiens saisissent mieux que les autres les enjeux de la mainmise de la Chine, à l’instar de ce prêtre qui témoigne pour Aleteia : « La nouvelle loi sur la sécurité nationale vient passer au-dessus de la loi fondamentale […] Les autorités chinoises vont s’attaquer en premier à la liberté d’expression et à celle des prêtres. Ensuite, elles vont s’en prendre à l’éducation et aux églises chrétiennes, notamment catholiques. »

Phénomène remarquable, la religion catholique fait recette : avec 2.500 baptêmes en 2008, « le diocèse de Hong Kong baptise plus d’adultes chaque année à Pâques que la France tout entière ».

À l’image de Jimmy Lai, qui a soutenu financièrement les mouvements de protestation. Ce père de famille de 6 enfants – exception notable dans une région où le taux de est l’un des plus faibles au monde – a lui-même reçu le baptême en 1997. Une date symbolique puisque celle de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Celui qui, enfant, a vu sa mère envoyée dans des camps de travail chinois puise dans sa foi ses forces pour résister : « Dieu m’a accepté et m’a apporté son soutien car j’avais besoin de plus de courage, j’avais peur, et Dieu m’a ouvert ses portes. »

C’est le cardinal Zen qui lui a conféré le baptême. Un symbole, car cet ancien évêque de Hong Kong est le chef de file d’une double opposition : Pékin et le . Il connaît les méthodes communistes et dénonce sans relâche la menace chinoise. Quitte à s’en prendre au , à qui il reproche son silence. Il faut dire que l’accord secret conclu entre Rome et l’Église officielle de Chine, en septembre 2018, entretient une situation ambiguë qui désarme les autorités religieuses dans ce combat et les rend pusillanimes pour défendre les dissidents. À Hong Kong comme à Rome.

Reste que Jimmy Lai est plus déterminé que jamais à poursuivre son combat. En connaissance de cause, puisqu’en juin 2020, il se disait « prêt pour la prison ». Cet homme, qui a la nationalité britannique, entretient des relations étroites avec les plus hauts responsables politiques américains, dont Donald Trump en personne. C’est, selon lui « le président qui comprend le régime chinois comme aucun président avant lui », au contraire des Européens « qui ont été très réticents à suivre la politique offensive des États-Unis, parce qu’ils voulaient faire du business ».

Jimmy Lai avait toutes les raisons, toutes les occasions et les moyens financiers pour quitter Hong Kong. Il ne l’a pas fait : « Un capitaine n’abandonne pas son navire », a-t-il déclaré. Un bel exemple d’un homme attaché aux libertés qui nous sont si chères et qui se bat en chrétien.

16 janvier 2021

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