Les médias français ne s’en sont pratiquement pas fait l’écho et pourtant l’événement avait valeur de symbole. Le 3 septembre dernier, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Prague pour protester contre la hausse des prix et exiger la démission du Premier ministre tchèque Petr Fiala. « L’objectif de notre manifestation est de réclamer du changement, essentiellement pour résoudre le problème du prix de l’énergie, en particulier de l’électricité et du gaz, qui va détruire notre économie cet automne », a déclaré l’un des organisateurs.

Différents partis politiques, allant des nationalistes aux communistes, avaient appelé à manifester sous le slogan « La République tchèque d’abord ». La présidente du mouvement Tricolore, Zuzana Majerová Zahradníková, dénonçait un gouvernement « peut être ukrainien, peut-être bruxellois, mais certainement pas tchèque » et exigeait l'arrêt des livraisons d'armes à l'Ukraine en affirmant : « Ce n'est pas notre guerre. »

Le Premier ministre tchèque, mis en cause par les manifestants, répliquait en déclarant à la presse que des forces prorusses étaient à la manœuvre. La même petite thèse conspirationniste que celle utilisée en Italie pour expliquer la chute de Mario Draghi, en juillet dernier. Derrière ces accusations se cache, en réalité, l’angoisse montante des élites progressistes européennes qui sentent de plus en plus la terre trembler sous leurs pieds.

Le Guardian rapportait les propos bien plus lucides du ministre de la Justice tchèque, Pavel Blažek : « Si la crise énergétique n'est pas résolue, le système politique de ce pays est en danger. » Un constat qui doit faire réfléchir nombre de dirigeants européens actuellement.

En Allemagne, on s’inquiète de la perspective d’un Wutwinter, un « hiver de colère », qui serait, bien entendu, provoqué par les manipulations d’extrémistes sans scrupules. « Ceux qui ont affiché leur mépris de la démocratie et défilé avec l’extrême droite pendant la crise du Covid-19 pourraient être aujourd’hui tentés d’utiliser la hausse des prix comme thème de mobilisation », déclarait, en juillet dernier, Nancy Faeser, le ministre fédéral de l’Intérieur allemand. Il est en effet plus facile de développer des théories complotistes que d’assumer les conséquences désastreuses de ses choix politiques.

La crise économique et sociale déclenchée par les sanctions contre la Russie ne fait, en réalité, que renforcer et cristalliser un « moment populiste » dans lequel de nombreux pays européens sont déjà entrés depuis longtemps.

En France, en avril 2020, l’institut de sondage Ipsos constatait une fracture très nette « entre le peuple et les élites ». Plus de huit Français sur dix (85 %) estimaient que les élites politiques, économiques ou encore médiatiques avaient « des intérêts fondamentalement différents de ceux de la grande majorité de la population ». Après la crise des gilets jaunes, les résultats des dernières élections ont constitué un véritable coup de semonce, comme l’a souligné la dernière étude de la Fondapol, think tank qui se définit lui-même comme « libéral, progressiste et européen ». Les auteurs s’alarment de la « poussée constante du vote protestataire » qui, devenu majoritaire, « sape notre système démocratique ». On se permettra l’analyse opposée. Les votes en faveur d’un parti dit « protestataire », l’abstention ou le vote blanc traduisent une secessio plebis provoquée par la dérive oligarchique de notre régime politique. C’est cette dérive qui a sabordé la démocratie et non ceux qui en appellent à un retour au peuple.

Il en va de même concernant la révolte qui gronde face aux conséquences des sanctions prises contre la Russie. Les Français se sont retrouvés entraînés dans une aventure militaire des plus dangereuses, sans consultation ni débats. Ils devraient désormais, d’après leur Président, « résister aux incertitudes » et accepter de « payer le prix ». C’est-à-dire assister passivement à la destruction programmée de leur système économique et consentir à leur propre ruine. Tout cela, bien entendu, au nom du Bien. Car les élites européennes éclairées savent ce qui est bon pour ceux qu’elles gouvernent. Pourquoi, donc, les consulter ?

Alors, si ce moment populiste conduit l’extrême gauche à rêver aux apocalypses du « Grand soir », souhaitons, pour notre part, que l'« hiver de la colère » soit porteur pour l’Europe d’un nouveau printemps des peuples.

7381 vues

7 septembre 2022

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement !

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

38 commentaires

  1. La France possède des réserves de gaz pour l’hiver 2022,mais rien ne semble assuré pour 2023,il est absolument évident que les sanctions européennes contre la Russie se retournent contre les peuples de notre continent,les Etats-Unis ne seront pas impactés alors que Washington est à l’origine de ces sanctions .
    Si seulement cette situation pouvait sonner le glas de l’UE, et de la soumission des pays européens au bon vouloir des USA !

  2. Oui quittons l’OTAN et l’UE. Il faut se préparer à une crise majeure et pour cela il vaut mieux un petit chez soi qu’un grand chez les autres. Les survivalistes comme Yves Cochet le disent depuis longtemps, il faut vivre à la campagne, se chauffer au bois et boire l’eau de son puits. Mais on ne peut pas se passer d’une activité dans la société de consommation tant qu’elle existe mais chacun doit se préparer individuellement au pire.

  3. Grande manifestation à Paris samedi 17 septembre à 14h. Défendons aussi les Professeurs Peronne et Raoult traînés en justice pour avoir osé dire la vérité sur les « vaccins » covid et la pandémie. Retrouvons la fierté d’être FRANÇAIS.

  4. Il parait que la France va vendre du GAZ à nos « amis » Allemands. Si c’est une blague, il faut en rire. À vérifier.

    1. Si cela est véridique je ne pleurerai pas sur le sort de l’Allemagne qui tire toujours ses marrons du feu depuis la fondation de l’UE!
      On nous a vendu l’Union Européenne comme une chance de totale indépendance économique , de solidarité entre les nations et de paix,nous pouvons juger cet arbre à ses fruits!

  5. Après les « 30 glorieuses » retour au moyen âge grâce à la vision de nos politiques qui nous dirigent depuis 20 ans !! Voila le résultat du remplacement des techniciens par des financiers pour diriger le pays

  6. Je vais être sympa, je vais donner la solution au gouvernement : S’ils effectuent des coupures de gaz et/ou d’électricité cet hiver, ils auront les gilets jaunes puissance dix, garanti sur facture. S’ils n’effectuent pas de coupure, ils peuvent espérer sans tirer sans casse. Et pour cela, il va falloir sans doute qu’ils se consultent avec les autres européens, et qu’ils revoient de fond en comble leurs sanctions vis à vis de la Russie. Le bout par lequel ils ont pris le problème est le plus mauvais, il faut revoir totalement la manière de réfléchir. Ca va nécessiter du courage (là, on est mal barré), mais c’est la seule solution. Le point de départ indiscutable de la réflexion est que ces sanctions sanctionnent beaucoup, beaucoup plus l’Europe que la Russie. A partir de là, faites fonctionner vos méninges…..

Les commentaires sont fermés.

  Commenter via mon compte Facebook

  Commenter via mon compte Twitter