Quand Éric Dupond-Moretti a accepté le portefeuille de ministre de la Justice, on pouvait se demander « Que diable allait-il faire dans cette galère ». Aujourd’hui, c’est l’intéressé lui-même qui doit se poser la question. Après son échec retentissant aux régionales, le voilà mis en examen par la Cour de justice de la République ! Un comble, pour un garde des Sceaux. Il est vrai qu’il a donné des verges pour se faire fouetter.

France Info rappelle « l’année désastreuse » du ministre de la Justice. Sa nomination, en juillet 2020, provoque un tollé chez les magistrats. En septembre, ils l’accusent de conflit d’intérêts dans l’affaire des écoutes, jugée depuis. En décembre, des syndicats déposent une plainte contre lui pour « prise illégale d’intérêts ». L’Association Anticor se met de la partie. Le 1er juillet 2021, une enquête est ouverte, le ministère perquisitionné. Cerise sur le gâteau, on apprend, le 7 juillet, qu’il a omis de déclarer 300.000 euros de revenus : ça fait mauvais genre. Et le voilà mis en examen, le 16 juillet !

Acharnement judiciaire, diront les uns pour l’excuser. Il est vrai que, selon le mot de Jacques Chirac, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Il n’a que ce qu’il mérite, diront les autres, qui ne le portent pas dans leur cœur. Il n’est pas le seul à être dans l’embarras : si le Premier ministre Jean Castex lui a aussitôt renouvelé sa confiance – pouvait-il en être autrement ? –, Macron, qui assistait au Tour de France, a botté en touche, « estimant que ce n’était pas le lieu adéquat pour en parler, oubliant, sans doute, qu’il avait naguère » déclaré que « dans le principe, un ministre doit quitter le gouvernement s’il est mis en examen ».

S’il faut éviter de crier haro sur le baudet ou, au contraire, selon l’opinion qu’on se fait de lui, de dénoncer un complot contre un homme intègre, on ne peut que constater que sa première erreur est de n’avoir pas su rester à sa place. « Que chacun s’exerce dans l’art qu’il connaît », écrivait Cicéron, annonçant notre proverbe « Chacun son métier et les vaches seront bien gardées ». Dupond-Moretti est, de l’avis de presque tous ses confrères, un excellent avocat, un bretteur redoutable et redouté, apprécié, dans l’opinion, pour sa fougue et son insolence. Son entrée en politique l’a fait descendre de son piédestal.

Un grand avocat ne devient pas nécessairement un bon politicien. A-t-il cédé à la tentation, toute humaine, de la vanité ? Il a, certes, commis des maladresses, par ignorance des codes, confondant la robe et le maroquin ; mais il s’est surtout ridiculisé par ses outrances, dans sa campagne en Hauts-de-France, et encore plus par ses résultats. Il croyait faire mouche en lançant, devant les caméras : « Je ne veux pas chasser sur les terres du RN, je veux chasser le RN. » C’est lui qui en fut chassé ! Il voulait jouer le chevalier blanc, le premier de la classe, pour briller aux yeux de son maître : il a terminé comme le dernier des cancres.

À défaut d’une démission spontanée, cette défaite aurait déjà dû conduire à son éviction du gouvernement, mais Macron l’infaillible ne se pouvait ainsi désavouer. Après sa mise en examen, la question de son maintien se pose à nouveau, car ce n’est pas seulement le ministre de la Justice qui est fragilisé, mais ceux qui l’ont choisi et la Justice elle-même. Macron croyait faire un bon coup en le nommant à la Chancellerie : le boomerang lui revient dans la figure.

17 juillet 2021

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