C’est un article de Télérama (n° 3692 du 14 octobre) publié quelques jours avant la tragédie de Conflans. On peut y lire, entre autres : « Cette énième éructation d’Éric Zemmour […] devrait valoir au polémiste et à CNews de lourdes sanctions, qui peuvent aller jusqu’à l’interdiction d’émettre. » On y déplore que les lenteurs de la Justice puissent « permettre à Éric Zemmour de continuer à distiller son discours de haine contre les immigrés et les musulmans ad nauseam ».

Ne dirait-on pas que Zemmour, s’il n’a pas fourbi lui-même un couteau de boucher pour aller égorger une demi-douzaine de mineurs non accompagnés, cherche du moins à susciter suffisamment de haine vengeresse chez ses auditeurs pour que quelques commandos fanatisés aillent le faire à sa place ? Il est bien connu, en effet, que toutes les horreurs perpétrées en France, depuis 2015 notamment, sont la conséquence des propos haineux de l’éditorialiste de CNews.

Ce n’est pas la première fois que Zemmour fait l’objet de semblables campagnes visant à lui retirer la parole, mais à la lumière de l’horreur perpétrée à Conflans, cette diatribe prend un relief particulier. Aussi ne poursuivra-t-on pas sur le mode du persiflage, car cet article, comme les nombreux autres qui désignent Zemmour à la vindicte en caricaturant ses propos, soulève une question grave : ces gens se rendent-ils compte qu’ils utilisent (inconsciemment, espère-t-on) des méthodes identiques à celles qui ont été révélées à la face du monde comme étant celles des commanditaires ayant armé le bras du jeune Tchétchène ? « Discours de haine contre les immigrés et les musulmans ad nauseam » ! Qui ne voit le parallélisme saisissant avec les mobiles exprimés sur les réseaux sociaux par ceux qui ont lancé la fatwa contre Samuel Paty ? Qui ne perçoit, désormais, qu’il n’en faut pas plus pour que ces slogans soient traduits, dans certains milieux, en appel au meurtre ? D’abord, on dénonce les propos comme criminels (le voyou), puis on demande que l’impétrant soit réduit au silence et sa parole publiquement désavouée, enfin on exige qu’il soit limogé par son employeur. On connaît la fin.

La rédaction de Télérama ne pouvait, évidemment, pas savoir qu’au moment de la sortie de son article, un forcené, plus ou moins « mineur », mais tout sauf « isolé », commettait son forfait. Mais elle ne pouvait pas ignorer que Zemmour est, depuis de nombreuses années, victime de menaces concrètes et placé sous protection policière. Peut-elle ignorer, par conséquent, que le fustiger comme elle le fait dans cet article équivaut à lui dessiner une cible dans le dos ? Elle ne peut pas ignorer non plus, d’ailleurs, que l’auteur de l’article, par haine militante, ment par omission. Certes, Zemmour a bien déclaré, à propos des prétendus mineurs isolés : « Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs ! » Mais il a ajouté, juste après : « Ils ne le sont pas tous, ÉVIDEMMENT, mais l’État ne peut pas prendre le risque », etc.

Est-il permis d’espérer que le martyre de Samuel Paty aura au moins dessillé les yeux de ceux qui, par leur frivolité arrogante, nourrissent depuis trop longtemps la bête immonde, et leur aura fait voir où sont les vrais propagateurs de haine ?

Un dernier mot, pour finir : il est évident que la place de ce billet serait le courrier des lecteurs de Télérama. Alors, pourquoi sur Boulevard Voltaire ? La réponse n’est pas moins évidente : c’est que, adressé à ce magazine, il y était probablement mis à la « corbeille ».

24 octobre 2020

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