Parmi les poches conservées par les islamistes en , seule la province d’Idleb a une étendue géographique significative. Sa conquête complète en 2015 par le Front al-Nosra provoqua, d’ailleurs, l’intervention russe. Située au nord-ouest du pays, non loin de Lattaquié, cœur du pays alaouite, et de Tartous, la base navale russe, son emplacement est stratégique.

Elle est loin d’être reconquise par l’armée syrienne. Pire : c’est là qu’ont été acheminés les combattants islamistes et leurs familles qui ont accepté de se rendre en divers points du pays, notamment à Alep et le long de la frontière libanaise. Les Russes ont imposé cette méthode aux Syriens, qui permettait d’abréger de nombreux sièges.

L’inconvénient, c’est que la densité islamiste est telle que cette province est, aujourd’hui, un État dans l’État. Les factions djihadistes présentes étant bien souvent en concurrence, les règlements de comptes y sont fréquents et, aujourd’hui, deux tendances principales s’y affrontent.

Jahbat Tahrir Souria est la moins islamiste des deux (mais tout est relatif) et tient au moins les deux tiers de la province. Hay’at Tahrir el-Cham, elle, est l’héritière d’Al-Nosra ; elle tient Idleb, la capitale, où elle fait régner une impitoyable charia, et plusieurs autres villes de moindre importance.

Deux événements majeurs viennent de se dérouler dans la province.

Après plusieurs assassinats réciproques ayant atteint des responsables de ces mouvements, de violents combats les ont opposés autour de plusieurs check-points. À la surprise générale, des civils s’y sont incrustés, attaquant par derrière des combattants d’Al-Nosra et tuant plusieurs d’entre eux. Ce fait confirme un basculement : les Syriens ne veulent plus des islamistes et de leur terreur.

Deuxième événement : les Turcs ont suivi de près tout cela et ont appelé à un soulèvement général contre les successeurs d’Al-Nosra. La stratégie turque est claire : mettre la main sur la province d’Idleb, par le biais de milices islamistes à sa solde. Cela mettrait un terme définitif au rêve kurde d’un territoire autonome le long de la frontière turque et cela permettrait à Erdoğan d’être en position de force pour négocier avec les Russes et les Syriens. Pour tout cela, il faut liquider Al-Nosra et ses successeurs, qui sont parfaitement incontrôlables.

Dans le même temps, l’armée turque et ses alliés islamistes de l’ASL piétinent à deux pas de là, face à l’enclave kurde d’Afrin.

Cela contrarie, évidemment, la stratégie d’Erdoğan, qui devra choisir entre deux options : intensifier le siège afin de remporter une victoire éclatante ou négocier avec les Russes et les Syriens pour une option diplomatique qui permettrait de sauver la face.

Mais, pour l’instant, Russes et Syriens se concentrent sur la reprise de la Ghouta, objectif prioritaire aux portes de Damas.

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