Francis Letellier, fils d’agriculteur, pointe un manque de diversité, mais pas celle que vous pensez

Ce sont de ces petits faits passés à travers les grosses mailles du filet du buzz, mais qui en disent pourtant long sur l’état de cet autre filet déchiré qu’est notre société.

Le 19 février dernier, Philippe Vandel recevait, dans son émission “Village médias”, le présentateur de France 3 , toujours aussi sympathique, lisse – notre parfait gendre idéal. Ce qui lui vaut de très bonnes audiences. Après avoir balayé l’actualité et, en particulier, la crise entre les rédactions de France Télévisions et la direction, l’animateur a été invité à évoquer son parcours atypique. Francis Letellier n’a pas fait Sciences Po ni l’ESJ de Lille. Autant dire qu’il avait peu de chances de se retrouver aux avant-postes médiatiques.

Francis Letellier est un pur produit provincial, parti de la rédaction régionale de France 3 Normandie, à Caen, d’où il gravira les échelons qui l’amèneront à la rédaction nationale de France 3. Et il est aussi fils de. Fils d’agriculteurs, plus exactement. Né à Vire, dans le Calvados, Francis Letellier passe son enfance à Pont-Farcy, où ses parents ont une exploitation.

Et, en ce mois de février 2018 où on s’écharpe pour savoir si Jeanne d’Arc peut être incarnée par une jeune fille de couleur, Francis Letellier a eu raison de rappeler cette discrimination oubliée :

Je suis fils d’agriculteur, il y en a peu autour de la table d’une conférence de rédaction.

Et il n’y pas que dans le journalisme. La même absence de ruraux se retrouve aussi dans les grandes écoles. Et si les élites parisiennes, avec Richard Descoings, n’ont eu leurs yeux de Chimène que pour les diversités « de couleur » de banlieue, d’anciens élèves basques ont lancé, en 2013, un réseau – « Du Pays basque aux grandes écoles » – et ce mouvement s’est étendu à d’autres régions (Bretagne, Moselle, Anjou, Auvergne, jusque dans l’Allier) pour devenir, en septembre dernier, « Des territoires aux grandes écoles », lancé le 16 septembre 2017 à Paris.

Dans Le Monde, le jeune initiateur de cette belle initiative, Bixente Etcheçaharreta, explique sa démarche :

Aujourd’hui, nous partageons le même constat : les jeunes ruraux sont mal informés sur les filières à leur portée, ils se sous-estiment, et leurs parents partagent cette autocensure ! Tous pensent qu’ils n’auront pas leur place dans les grandes écoles alors qu’ils obtiennent d’excellents résultats au bac.

Et il rejoint mot pour mot le constat de Francis Letellier :

La présence de jeunes de milieux ruraux évite que tous les étudiants soient sur le même moule.

Ce qui est intéressant, là encore, c’est que le mouvement est parti de la base, des territoires, pas des têtes ni des métropoles, toujours en retard d’une injustice ou d’une guerre.

En tout cas, que nos lecteurs se rassurent : il y a bien un fils d’agriculteur à la rédaction de Boulevard Voltaire. Et il n’y est pas arrivé par hasard, ni par injonction du CSA.

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