Revenant sur la polémique causée par la présence, à l’Assemblée nationale, de la très voilée Maryam Pougetoux, vice-présidente de l’UNEF, a estimé, ce dimanche 20 septembre, sur BFM TV, que les députés ayant quitté l’Hémicycle en signe de protestation avaient commis une « double erreur ».

« La première, c’est que la loi ne prévoit pas de porter telle ou telle tenue, c’est tout à fait clair. » Effectivement, le règlement sur la neutralité des tenues ne concerne que les députés et non point les invités. La seconde ? « La France a eu trois siècles de guerre de religion, il ne faut pas mettre le doigt là-dedans, il ne faut pas ranimer cela, si peu que ce soit. »

Voilà qui n’est pas faux, à ce détail près que les guerres en question n’opposèrent que ceux que l’on ne nommait pas encore les « Français de souche ». En ce sens, si l’islam pose un problème, c’est avant tout à cause de l’immigration de masse lui ayant permis de devenir deuxième religion du pays. Avant cela, le bachaga Saïd Boualam fut élu à quatre reprises vice-président de l’Assemblée nationale, y siégeait en tenue traditionnelle sans que cela ne fasse polémique.

Mais Jean-Luc Mélenchon n’a pas tort de se méfier de l’intrusion de la force politique dans la chose religieuse. S’agissant de l’islam, la proposition est inversée, cette religion entendant, hic et nunc, peser sur la politique. D’où ce CCIF (Conseil contre l’islamophobie en France) et ses épigones, qui réitèrent les erreurs du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui, naguère, obligea le Président Jacques Chirac à la repentance ; ce que son prédécesseur avait refusé avec l’opiniâtreté qu’on sait.

Si certains musulmans estiment que l’islam est à la fois religion et système politique, certains militants anti-musulmans aussi, rappellera-t-on. Mais ce n’est pas parce que d’aucuns y croient et d’autres le redoutent que la chose est vérité d’Évangile. Deux pays au hasard, dont les régimes se rapprochent le plus de la théocratie : l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite.

Dans le premier, le pouvoir religieux est sous dépendance politique. Autrement, il n’y aurait pas de bases américaines sur le territoire saoudien, présence tenue pour sacrilège par les théologiens locaux mais jugée utile par les princes. Le cas du second est similaire, même si le rapport de force pèse plus du côté religieux : l’ayatollah laisse le président gérer la sphère politique tout en veillant à ce que cette dernière ne contrevienne pas aux préceptes islamiques. Dans les deux cas, il y a, à défaut de séparation, au moins une distinction des pouvoirs, tandis que le primat du politique prévaut, avec toutes les spécificités et subtilités qu’on devine, dans l’ensemble du monde musulman.

D’ailleurs, l’islam est-il un projet politique en soi ? Le débat fait rage au sein de nombreux pays musulmans et même, de manière plus discrète, au sein de la confrérie des Frères musulmans. Pour résumer, si le Coran peut être source d’inspiration législative, il ne saurait faire figure de Constitution, quoi que puisse prétendre le président turc Erdoğan, dans une de ses envolées lyriques dont il a le secret.

En d’autres termes, ce néo-sultan instrumentalise la religion à des fins politiques, tel le très modérément pieux Staline durant la Seconde Guerre mondiale. Qu’une Maryam Pougetoux, jeune convertie, n’ait de sa religion qu’une connaissance des plus sommaires n’est guère étonnant. Au même titre que ses nouveaux coreligionnaires énervés, souvent passés du deal de drogue à l’islamisme de combat. Il est donc logique que ces néo-musulmans soient déboussolés, puisque étant à l’image de notre société en pertes de repères.

Face à ce défi, il est à craindre que moulin à prières républicain et danse du ventre laïcarde ne soient pas les remèdes les plus appropriés.

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