C’est le hasard d’une rencontre qui ramène le sujet dans « mon » actualité. Pas dans celle de nos médias, seulement préoccupés du Covid-19, ses chiffres anxiogènes et sa guerre des masques.

Depuis neuf mois bientôt, il n’est plus question que de cela, la seule plage consacrée à l’actualité internationale étant presque totalement réservée aux États-Unis. Pour le reste, c’est un saupoudrage entre Poutine-le-méchant, les migrants qu’il faut accueillir et le réchauffement climatique. Bref, circulez, y a rien à voir dans le monde !

La rencontre est celle, fortuite, d’amis qui se démènent pour aider un migrant à se refaire une vie. Un migrant politique et économique, de ceux qui ont traversé le continent africain du sud au nord pour sauver leur peau. Je parle, ici, d’un fermier sud-africain, un Blanc, un affreux enfant d’Afrikaners dans l’esprit du bien-pensant moyen.

« La valise ou le cercueil », il en est beaucoup, dans ce midi de la France où j’habite, qui ont connu cela. C’était au temps des indépendances et de leurs outrances partagées.

Les Afrikaners sont les méchants fermiers blancs d’, les propriétaires terriens qui, dans le vent de l’Histoire, ont raflé les terres et sont aujourd’hui sommés de les rendre. Dans un pays à feu et à sang – au sens le plus concret du terme –, ils sont l’objet de ce qui ressemble à une extermination violente, victimes d’assassinats le plus souvent assortis de tortures épouvantables.

Il n’est pas de bon ton d’en parler. Dans notre temps dominé par le manichéisme le plus « bourrin », le mot d’« apartheid » justifie toutes les horreurs. Comme on justifierait l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo en disant qu’après tout, « ils l’ont bien cherché » en publiant les caricatures du prophète, on justifie la barbarie envers les fermiers blancs. Oubliant, d’ailleurs, que, souvent, leurs ouvriers agricoles font aussi partie du massacre. À l’instar des harkis d’hier, ceux-là sont taxés de collaboration avec l’ennemi.

Dans la bêtise ambiante, il a suffi de faire de Nelson Mandela un saint universellement reconnu pour croire la chose réglée : l’Afrique du Sud est devenue « la nation arc-en-ciel » et tout va bien. En réalité, tout va mal et les gouvernements issus de l’ANC ont fini de ruiner un pays que la guerre civile a déchiré. Certes, Cyril Ramaphosa a remplacé l’archi-corrompu Jacob Zuma, mais la question de la restitution des terres est loin d’être réglée.

La réalité demeure : « L’égalité des revenus entre les différents groupes de populations n’a pas progressé depuis la fin de l’apartheid et l’Afrique du Sud connaît un taux d’inégalité parmi les plus élevés au monde », nous dit-on. De fait, malgré les promesses lénifiantes sur « la réconciliation, la restitution et la restauration », ces trois piliers du nouveau monde, rien ou presque n’a changé : 73 % des terres arables du pays sont toujours détenues par des Blancs, lesquels ne comptent que pour 8 % des 56 millions d’habitants. Alors, le nouveau président Cyril Ramaphosa (élu en 2018) a annoncé vouloir modifier la Constitution pour accélérer la redistribution (sans compensation) des terres à destination de la majorité noire et pauvre… au risque de sombrer dans une situation identique à celle du Zimbabwe voisin, passé d’une situation de pays riche et prospère à un monde de crève-la-faim.

En 2016-2017, la police dénombrait 638 attaques de fermes et 74 meurtres, selon France info. Depuis, on ne sait pas grand-chose. Plus de chiffres. La presse de gauche (Libération, notamment, en août 2018) estimait que « l’émoi international “contre le génocide des fermiers blancs” » était « largement instrumentalisé par l’extrême droite » et renvoyait cela au contexte de violence générale dans ce pays. C’est plus simple.

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