Le 10 juillet 2020, Erdoğan rouvre Sainte-Sophie (la « Sainte sagesse de Dieu »…) au culte musulman par un décret du Conseil d’État turc, décidant ainsi de son affectation, à nouveau, comme mosquée.

Le 28 mai 1453, Constantinople, poste avancé de l’Occident chrétien, tombait dans l’indifférence passive de l’Europe, déjà (sauf, pour l’honneur, les Génois, les Vénitiens, les Catalans, les Crétois : le reste de l’Europe n’avait envoyé que 700 soldats).

En 1918, la , vaincue, est occupée par les puissances de l’Entente à l’issue de la Grande Guerre et les Ottomans complotent de dynamiter . Il y a 100 ans, en 1920, l’Europe avait accordé la Thrace (et donc Constantinople) à la Grèce, par le traité de Sèvres, mais par la suite, l’Europe allait lâcher les valeureuse troupes grecques et les Turcs de Kemal anéantissaient les acquis de la victoire alliée de 1918. Pourtant, Mustafa Kemal, arrivé au pouvoir après avoir défendu victorieusement la Turquie, décidait, en 1934, de restaurer et de la désaffecter en tant que lieu du culte pour « l’offrir à l’humanité ». Sainte-Sophie devint un musée et, ainsi, le symbole de la laïcisation du pays.

Car Sainte-Sophie et la prise de Constantinople avaient longtemps été le symbole de la violence turque et de l’intolérance islamique : Mehmet le vainqueur avait fait naturaliser la tête de l’empereur Constantin et l’exhibait avec lui. Conformément aux règles islamiques (Runciman, The Fall of Constantinople 1453) la capitale de l’Empire romain survivant en Orient fut pillée durant trois jours et on massacra hommes, femmes et enfants. Les Turcs pillèrent le palais impérial et les églises, brûlant les livres saints. La sainte icône de la Vierge Marie (la Hodigitria) fut profanée et détruite. Des femmes pieuses qui se dirigeaient en procession vers l’église de Sainte-Théodosie furent enlevée et « distribuées » aux marins de la flotte turque. Puis la horde se dirigea vers Sainte-Sophie, en força les portes alors que la foule terrorisée s’y était réfugiée. Femmes et enfants furent capturés pour devenir esclaves (avec tout ce que cela signifie). L’église fut sur-le-champ transformée en mosquée, ainsi que le sera un peu plus tard, en 1570, la cathédrale Sainte-Sophie à Chypre, dont la riche décoration, les sculptures, les fresques et les vitraux furent détruits, ainsi que les tombaux des princes Lusignan. La destruction de Byzance, qui fut héritière de la plus brillante civilisation de l’humanité pendant 2.000 ans (Gouguenheim, La Gloire des Grecs), passait aussi par l’avilissement et la souillure des élites : Mehmet garda les filles et les fils les plus avenants des familles illustres pour son propre sérail et ses perversions (cf. Runciman).

En fin d’un règne de 17 ans (d’abord comme Premier ministre puis comme président), Erdoğan, aigri par les échecs dus à son manque de raison et de vision, désavoué par une opposition kémaliste très nombreuse (à Istanbul notamment), par les intellectuels, la presse et l’armée, confronté à une grave crise économique, se débattant face à des complots militaires et religieux, ayant échoué à intégrer l’ et réduit à lui faire un chantage aux migrants, tenu en respect par la en Syrie et par l’Égypte en Libye, persiste dans ses rêves pan-touraniens et islamiques. Il essaie de défaire l’héritage kémaliste. Croyant renforcer la Turquie, il l’affaiblit en réalité, à terme, sur tous les plans. Il joue encore de son appartenance ambiguë à l’OTAN, mais pour combien de temps ? L’adage turc dit : « Les Turcs n’ont d’amis que les Turcs. » Ne pas avoir d’amis est une chose ; mais Erdoğan s’est fait des ennemis de tous ses voisins arabes, syriens, égyptiens, iraniens, kurdes, grecs, arméniens, et de ses supposés alliés russes, européens et américains. Il sort de plus en plus de l’ambiguïté mais, comme souvent en pareil cas, à son détriment. Cette provocation délibérée est aussi un acte d’allégeance aux Frères musulmans. La Turquie est devenue un pays hostile. Les Européens et les doivent en tirer les conséquences.

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