Les téléspectateurs de ont eu droit à un film de propagande à la gloire du Président sortant. Le titre affichait l’esprit du spectacle : « Emmanuel Macron », en grand, et « Où va la France » en dessous, en légèrement plus petit. Manifestement, il ne s’agissait pas de parler de notre pays mais de privilégier l’homme qui en a été le Président durant les dernières années. Il faut reconnaître, une fois encore, le seul talent de M. Macron, celui de comédien : l’articulation était excellente, le ton juste au point d’être surjoué comme on le fait au théâtre, les intonations chargées d’affectivité, les légères hésitations, comme les silences en musique, étaient savamment maîtrisées. Tout ceci ne pouvait être improvisé, ce qui justifie l’enregistrement et non le direct.

C’était une et illustration d’un mandat afin de lancer sa campagne, le tout conçu pour lui, sinon avec lui, un produit longuement mijoté dans les cuisines de et répété dans les coulisses de l’Élysée. Les deux comparses, Audrey Crespo-Mara, et ses regards profonds, admiratifs, voire énamourés, Darius Rochebin, son sourire complice et ses hochements de tête approbateurs pendant les réponses, ont été des faire-valoir très professionnels. Le scénario commençait par la séquence glorieuse, celle du Covid, où le héros a gagné la confiance d’une majorité de citoyens apeurés grâce au passe sanitaire. Il était inutile d’insister sur la disparition des stocks de masques, sur l’absence de français, sur l’impéritie de Buzyn, sur l’insuffisance des lits de réanimation. Tout ceci fut oublié, balayé, effacé. La mise en scène du héros face à un monde qu’il découvre tragique prenait le chemin de l’épopée.

L’enchaînement avec la « réussite économique » a été lissé. Le courtisan déguisé en intervieweur croit nécessaire d’ajouter, à « résultats économiques », « bons d’ailleurs », ce qui est pour le moins discutable puisque l’ensemble - la baisse apparente du chômage, la croissance de rattrapage - ne repose que sur la planche à billets de l’endettement. Mais, enfin, il ne s’agissait pas de mettre le candidat en difficulté, seulement d’assurer sa promotion. La pertinence du « quoi qu’il en coûte » n’est donc pas discutée. Elle sert, au contraire, à montrer que le libéral est en fait très social. Il est important qu’il paraisse non un technocrate multipliant les déficits et battant le record, au moins européen, de dépense publique et de prélèvements obligatoires, mais un technicien de l’économie qui, tout en facilitant le ruissellement de la richesse créée par la défiscalisation des plus riches, possède une fibre sociale que le candidat illustre derechef par le rappel pathétique de sa visite en Seine-Saint-Denis.

Les sujets qui fâchent, la vente d’Alstom par exemple, sont soigneusement évités. La perte d’un certain nombre de fleurons industriels stratégiques depuis qu’il est aux affaires comme secrétaire-général adjoint de l’Élysée, ministre, puis Président est pourtant en contradiction avec son souhait tardif de réindustrialisation. Le monstrueux effondrement de notre commerce extérieur qui signe la ruine de notre politique économique est éludé. Encore une fois, le sujet n’est pas la France réelle, mais l’individu Macron.

Au bon moment, les deux autres candidats les plus dangereux, car mordant sur l’électorat de droite que se charge de faire pencher vers Macron, ont été ciblés et flingués avec discrétion et élégance, Mme Pécresse et son projet de diminuer le nombre des fonctionnaires, Éric Zemmour et sa volonté de stopper le Grand Remplacement. Dans les deux cas, l’exécution s’est faite avec un silencieux. M. Macron a réduit la fonction publique à l’armée, la police, la justice, la et l’éducation, en oubliant l’administration et le millefeuille où ses amis ont recruté à tour de bras. De même, il a fait silence sur le fait que l’immigration économique est devenue marginale par rapport au regroupement familial qu’il a accru. Le Grand Remplacement est démographique. La question du droit du sol, la progressivité interne du remplacement ont laissé place à un trémolo sur Joséphine Baker. D’autres sujets trop sensibles n’ont même pas été abordés : le Mali, la transition climatique et le retour au nucléaire après la fermeture de Fessenheim.

 

18 décembre 2021

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