Le 9 août dernier, en milieu de journée, au , six membres français de l’ONG française ACTED et deux accompagnateurs nigériens ont été exécutés par surprise par des sauvages à moto, démontrant que, désormais, le danger est partout.

On a déjà évoqué ici les raisons de l’échec annoncé – et confirmé – de la coalition du G5 Sahel, ainsi que l’inutilité persistante des sommets internationaux. Les mêmes causes produisant les mêmes effets dans un contexte qui empire sans changer de nature, il n’y a aucune raison que s’améliore de soi la sécurité dans la région.

Les terroristes et leurs complices en tirent profit pour étendre leurs capacités de nuisance, leur présence et leur influence le long d’une bande territoriale continue de deux mille kilomètres. Ce « couloir de la mort » relie le Mali au Cameroun en passant par le Burkina Faso, le Niger et le Nigeria ; il s’étend dans leurs onze pays voisins, bases logistiques actuelles, zones d’exactions en devenir. Tout le monde ne semble pas encore en être conscient.

Sur place, on ne doit pas dépendre des canaux diplomatiques pour évaluer la situation sécuritaire à venir ni de conseils adressés depuis l’étranger sur la base de vagues contacts et rumeurs. Pour éviter les pièges, il est vital de développer sa propre intelligence de situation sur la base d’informations locales fiables, actualisées et contextualisées.

Or, les discours politiques et médiatiques n’évoquent jamais deux facteurs déterminants dans le développement du terrorisme islamiste au Sahel, pour ne pas froisser des susceptibilités nationales aux conséquences politiques et économiques fâcheuses : la criminalité économique et financière, d’une part ; l’abandon des populations rurales, d’autre part.

La mauvaise gouvernance et la criminalité économique sont les meilleures alliées du terrorisme.

Elles sont multiformes, de la simple prévarication à des pratiques mafieuses d’État, comme la fraude publique massive au moratoire de la dette africaine, combinée à celle au Covid-19 – attributions illégales de marchés surfacturés, trafics d’influence, détournements à la source, contrefaçon de produits médicaux et d’équipements sanitaires.

La criminalité publique, « en col blanc » et privée, isolée et d’opportunité ou en bandes organisées, est de plus en plus sophistiquée, dématérialisée et rentable. S’y ajoute une criminalité croissante de rue au sein de populations urbaines pauvres et sans perspectives. Ainsi se généralisent les fraudes pyramidales, détournements financiers et de stocks, pratiques agressives de concurrence déloyale, trafics de produits volés ou contrefaits, embuscades et braquages.

Comme ailleurs, la crise sanitaire du Covid-19 n’a pas rendu les comportements plus vertueux. On assiste à une forte recrudescence de comportements criminels et parasites par des profiteurs de crise à tous les niveaux des administrations et des entreprises, « chaîne de destruction de valeur » qui profite en partie aux organisations terroristes islamistes, dont les motivations sont autant crapuleuses que religieuses.

Par ailleurs, les zones rurales, abandonnées, deviennent de vastes sanctuaires terroristes.

C’est ce qu’illustre bien un rapport récent et sérieux de l’ONG International Crisis Group (ICG), corroboré par des investigations indépendantes de terrain sur des flux de commerce illicite. Des rivalités communautaires ancestrales autour de maigres ressources, entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades, sont exacerbées par l’indifférence des gouvernements et par l’impuissance des autorités locales sans moyens ni volonté.

Ce phénomène rural, sur fond d’accroissement de la population et de la pression foncière, remet en cause des équilibres anciens et fragiles. Les mouvements islamistes absorbent et exploitent ces frustrations pour se répandre par capillarité territoriale, faisant souche pour imposer progressivement la charia.

Ce n’est donc pas d’argent que les pays africains ont besoin. Contrairement à ce que déclarait, récemment, l’inconséquent directeur général de l’AFD, il est urgent de conditionner les aides et d’en contrôler le véritable usage.

 

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