Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - Videos - 7 septembre 2018

Guillaume Bernard : “Incontestablement, le peuple de droite est plus à droite que les chefs de partis”

Mercredi soir était lancé, à Paris, le collectif Racines d’avenir, fondé par Erik Tegnér, candidat à la présidence des Jeunes Républicains et ardent partisan de l’union des droites. Un événement que Boulevard Voltaire a couvert par ce reportage.
L’occasion, pour le politologue Guillaume Bernard, d’analyser la situation à droite et de souligner le divorce entre la base, notamment les jeunes, et les caciques des appareils.

Le jeune Erik Tegner s’est présenté aux élections des jeunes Républicains avec le soutien de personnalités assez particulières, dont celui de Sébastien Chenu, député Rassemblement national, de Nicolas Dupont-Aignan et du PCD.
Avons-nous vraiment un candidat des Républicains en face de nous ?

C’est un adhérent des Républicains qui se présente à une élection interne à son propre parti. Qu’il ait des soutiens extérieurs relève de sa propre démarche. Elle consiste à soutenir que les partis politiques doivent se décloisonner, qu’il doit y avoir une recomposition et qu’il n’y a pas de raison de fermer la porte à un dialogue entre des sensibilités certes différentes, mais convergeant toutes normalement dans leur lutte contre Emmanuel Macron et la grande coalition macronnienne actuellement au pouvoir.

Nous sentons cette dichotomie entre la base et la tête. La candidature d’Erik Tegner peut-elle faire bouger les lignes ?

Nous constatons une crise dans les partis politiques. D’abord, parce que les partis politiques sont aujourd’hui considérés par beaucoup de Français comme n’étant pas des structures saines ou viables. Il y a donc une défiance des Français vis-à-vis des partis politiques. S’il reste tels qu’ils sont, ils continueront à provoquer une augmentation de l’abstention.
Le deuxième élément est qu’entre la base, les militants, et de manière plus générale, les électeurs et les caciques des partis politiques, il y a une cassure entre la droite d’en haut et la droite d’en bas, et entre le peuple de droite et les élites. Il est certain qu’il y a des divergences d’ordre stratégique, alliance ou pas, dialogue ou pas. La tête refuse le dialogue et toutes formes d’alliance, tandis que la base et les électeurs, pour une majorité, l’envisagent et l’acceptent.
Et puis, il y a des divergences d’ordre idéologique ou programmatique. Incontestablement, le peuple de droite est plus à droite que les chefs des partis politiques.
Par conséquent, la présence d’Erik Tegner dans cette compétition interne à LR est extrêmement significative de cette distorsion entre le peuple de droite et les caciques, entre les jeunes et les vieux routards de la politique. Les uns sont beaucoup plus ouverts à un décloisonnement et un dialogue tandis que les autres sont des professionnels qui tablent tout sur les investitures, l’appartenance au parti et la présence dans les instances dirigeantes de ces organisations.
La présence d’Erik Tegner dans cette compétition, avec le discours qu’il tient de décloisonnement et de recomposition de la droite, est incontestablement un évènement de bon augure. Dans les nouvelles générations, il y a une réelle volonté de réorganiser et de ne plus tenir véritablement compte des structures partisanes, mais avant tout des convergences d’idées.

Comment expliquez-vous qu’Erik Tegner soit si présent dans les médias?

Tout simplement, parce que c’est une nouveauté. Jusqu’à présent les partis étaient cloisonnés. Désormais, de plus en plus de personnes au Front national et à LR déclarent vouloir aller au-delà de leur structure. Jusqu’à présent, nous avons toujours eu un discours de ceux qui cherchaient à avoir des alliés, à envisager de capter ou siphonner les électorats.
Aujourd’hui, certaines personnes affirment qu’elles veulent, tout en respectant les diverses sensibilités, aller au-delà des structures partisanes sur la base du tissu social réel et sur la base des convergences programmatiques. Elles envisagent une recomposition de la vie politique des partis pour reconquérir le pouvoir.
Par conséquent, qu’un candidat interne à une élection interne déclare vouloir dialoguer et accepter l’idée que ce qui compte le plus est la possibilité d’établir un programme commun pour gouverner le pays, prendre le pouvoir face à Macron, alors que les caciques de ce parti déclarent qu’il n’y aura jamais aucune alliance et jamais aucune convergence avec d’autres courants qu’un candidat officiel est une nouveauté qui attire assez logiquement les médias.


La volonté d’ouvrir à droite à tout prix ne signifierait-elle pas la fin pour les Républicains et des partis au sens où on les entend aujourd’hui ?

Vous me tendez évidemment une perche. Je fais partie de ceux qui considèrent que les structures partisanes sont défaillantes. Elles ont démontré leur incapacité d’évolution. Leur esprit presque sectaire est mortifère pour les idées que ces organisations sont supposées défendre.
Oui, bien sûr, s’il devait y avoir une recomposition, à terme cela aboutirait à l’émergence d’une nouvelle offre politique et le remplacement des actuels partis par une autre offre. Pour l’instant, nous sommes au début du processus. L’opinion publique va prendre conscience petit à petit qu’il y a la possibilité de faire converger par la base, par les électeurs, par des personnes qui dans les terroirs de France se connaissent, ont des idées communes, ont des combats communs. Il y a la possibilité de constituer des listes par exemple pour les municipales ou de réorganiser la vie politique sur la base de valeurs et d’un programme commun et non pas sur la base d’intérêts.

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