Il y a 150 ans, les 31 août et 1er septembre 1870, s’est déroulée la bataille de qui allait donner ses lettres de gloire et de noblesse aux troupes de marine. Pour les historiens, elle fonde le mythe des troupes de marine, comme Camerone, sept ans plus tôt, avait forgé celui de la Légion.

Depuis le 15 juillet 1870, la France est en guerre avec la Prusse. Le 6 août, l’armée du maréchal François Achille Bazaine (1811-1888), battue en Lorraine, est refoulée sur le camp retranché de Metz. Celle du maréchal Patrice de Mac Mahon (1808-1893), battue en Alsace, se reforme au camp de Châlons. Elle tente vainement de secourir Bazaine et se voit contrainte de se replier vers Sedan.

Appartenant au 12e corps d’armée commandé par le général Barthélémy Lebrun (1809-1889) et placé sous les ordres du général Élie Jean de Vassoigne (1811-1891), la division d’infanterie de marine, la « Division bleue » créée le 5 août 1870, comprend deux brigades : l’une commandée par le général François Reboul (1815-1893) et l’autre par le général Charles Martin des Pallières (1823-1876). Cette division bleue est exclusivement composée de marsouins de carrière et regroupe, pour la première fois, les quatre régiments d’infanterie de marine basés à Cherbourg, Toulon, Brest et Rochefort. Les troupes de marine ont déjà acquis un grand renom avec les combats du Mexique et de Crimée, les expéditions glorieuses au Sénégal, aux Antilles, en Cochinchine, dans le Pacifique.

« À la fourchette ! »

À quelques kilomètres de Sedan, à la lisière de la forêt des Ardennes, la commune de Bazeilles entre dans l’Histoire, de manière un peu brutale, les 31 août et 1er septembre 1870. Le 31 août vers midi, la division bleue reçoit l’ordre d’occuper le village de Bazeilles, un des points clés de la défense de Sedan. La deuxième brigade est d’abord engagée. Entraînée aux cris de « À la fourchette ! » (à la baïonnette) par le général Martin des Pallières qui charge sabre à la main, les marsouins du 2e RIMa dégagent le village. Le général des Pallières, blessé, doit être évacué et le 3e RIMa renforce les défenseurs. Cependant, vers 17 heures, devant l’écrasante supériorité numérique de l’adversaire, la 2e brigade est contrainte d’amorcer un mouvement de repli.

Un contre dix

Derrière elle, sur la colline, les marsouins de la 1e brigade aux ordres du général Reboul, impassibles, attendent l’arme au pied l’ordre d’intervenir. Cet ordre tombe à 18 heures. La 1e brigade se rue alors, baïonnette au canon, sur l’ennemi qui est, de nouveau, refoulé au bas du village. L’artillerie allemande riposte, lançant des obus incendiaires sur Bazeilles, transformant le champ de bataille en une infernale fournaise. Puis l’ennemi, abandonnant ses morts et ses blessés, se retire au-delà de la Meuse, vivement canonné par l’artillerie de la division. Le soir tombe sur Bazeilles deux fois repris. La défense du village est confiée au commandant Lambert. Les rues sont barricadées. La ligne de résistance est organisée à mi-hauteur du village, en arrière de l’église.

À l’aube du 1er septembre, profitant d’un épais brouillard, l’infanterie ennemie repart à l’attaque sans rencontrer aucune résistance. En effet, conformément aux ordres du commandant Lambert, les barricades de la ville basse ne sont pas tenues. Puis une fusillade éclate et les 150 marsouins du commandant Lambert foncent sur l’ennemi. Débordés de toute part, les Bavarois affolés reculent en débandade. Bazeilles est repris en entier. Alors commence entre les hommes de la division bleue et le 4e corps d’armée bavarois, soutenu par le feu de 18 batteries d’artillerie, une lutte farouche, au cours de laquelle les marsouins, se battant parfois à un contre dix, vont parvenir à chasser l’ennemi du village.

(À suivre)

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