Depuis la diffusion massive de la vidéo montrant les dealers grenoblois, surarmés et cagoulés, mais tranquillement attablés en train d’attendre le client avec leur came devant l’immeuble de leur cité, comme s’ils avaient pignon sur rue, le ton monte entre le ministre de l’Intérieur et le maire de Grenoble.

Il est vrai que les deux ont de quoi se sentir humiliés par cette vidéo. L’édile écolo Éric Piolle voit sa ville, à la réputation déjà peu engageante en termes de sécurité, désormais mondialement connue pour ses dealers sans foi ni loi. Et Darmanin prend en pleine figure le mépris et l’indifférence affichés par les racailles pour ses rodomontades sécuritaires largement empruntées à Sarkozy, qui apparemment n’effraient pas une seconde dans les barres d’immeubles.

Les médias avaient dit de cette vidéo qu’elle était tournée et diffusée à l’initiative même des trafiquants pour bien montrer quel était leur territoire aux bandes rivales : il n’est pas dit qu’il s’agissait peut-être aussi d’une bravade à l’intention des autorités, une preuve que personne n’avait peur des déclarations d’intention de Darmanin. « Ensauvagement », « racaille », pendant que nos cités passent peu à peu sous gouvernance délinquante, politiques et commentateurs s’écharpent sur les mots, trop grossiers et discriminants : mais les racailles s’en fichent, cela fait longtemps qu’elles s’autodiscriminent, se baptisent elles même « cailleras », se mettent en marge et s’emparent du pouvoir sur des territoires entiers, comme le démontre ce « pacte » de bon voisinage entre dealers et habitants d’une cité de Toulouse.

Piolle a donc critiqué l’opération de police consécutive aux coups de gueule de Darmanin dans le quartier grenoblois. Une opération de police de grande envergure, préfet en tête, suivie par des nuées de caméras. Bilan de l’opération : deux scooters saisis. Et peut-être quelques mâchoires décrochées parmi les dealers, probablement MDR (comprendre « mort de rire », en langages des cités) après le passage fracassant des troupes du général Darmanin…

Furieux, le ministre a aussitôt vilipendé la gestion sécuritaire de Piolle : pas assez de policiers municipaux, pas assez de caméras de surveillance dans sa ville. Et pour illustrer les défaillances du maire de Grenoble, Darmanin s’est inspiré de l’exemple de… Nice ! Nice dont la tranquillité est connue de tous, comme les semaines entières de guerre de bandes l’ont récemment démontré. Nice, administrée par Estrosi, est, il est vrai, un exemple à suivre pour le gouvernement : comme Darmanin, le maire de la ville est prêt à trahir pour rejoindre LREM, cela mérite bien quelques éloges du gouvernement.

Pendant que les autorités se renvoient la balle, se crêpent le chignon sur fond de discorde politique, les gangsters pavoisent, rient et s’enkystent un peu plus dans le paysage. Pendant que Darmanin s’échine à surjouer du Sarkozy, son Président le soutient du bout des lèvres, lui parle à mots feutrés du drame qui pourrit la vie de notre pays. Eh oui, les gangsters des cités, ce sont ses électeurs, pas question de les faire fuir à coups de slogans sécuritaires. Darmanin est envoyé en éclaireur, appelé à se déplacer partout avec, dans sa musette, des paroles martiales censées rassurer, mais sans aucun effet : l’essentiel est de rameuter les voix de droite contre l’insécurité, pas de remettre de l’ordre en France.

Entre écolos, LREM de centre droit et LREM de centre gauche, c’est match nul. Par contre, un boulevard s’ouvre pour la racaille : les dirigeants de ce pays s’écharpent et montrent ainsi à tous leur impuissance à enrayer la spirale ultra-violente. Les délinquants peuvent bien dormir sur leurs deux oreilles. Pas de quoi être rassuré pour les mois à venir…

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