Grand progrès de l’Europe sociale : un mensonge politique

Vincent You, adjoint au maire d’Angoulême, membre des Républicains, a été le porteur de la clause Molière pour imposer l’usage du français sur les chantiers. Particulièrement au fait du dossier des travailleurs détachés, il réagit au micro de Boulevard Voltaire, suite à l’annonce d’un accord passé lundi soir au niveau de l’Union européenne sur cette fameuse directive travailleurs détachés. Vincent You conteste le slogan, que l’on entend beaucoup depuis l’annonce de cet accord : “À travail égal, salaire égal.” Pour lui, c’est un mensonge politique.

Vincent You, vous êtes adjoint au maire Les Républicains à Angoulême.
Vous êtes également vice-président de Grand Angoulême.
Vous êtes surtout connu nationalement pour être le porteur de la clause Molière.
Cette clause essaie d’imposer le français sur les chantiers.
Vous vous êtes beaucoup intéressé à la cause des travailleurs détachés.
La nouvelle norme des travailleurs détachés que les Etats membres de l’Europe viennent de mettre en place vous satisfait-elle ?

“A travail égal, salaire égal” est le slogan que j’entends depuis ce matin.
Quand on regarde la réalité, c’est un double mensonge.
Il n’y a pas de travail égal puisque dans le cas des travailleurs détachés, les ouvriers travaillent dans des lieux où ils ne comprennent même pas les règles de sécurité.
“A salaire égal” est un aveuglement économique et un mensonge politique, car on parle ici de salaire net. Or, on oublie de rappeler qu’il y a des écarts énormes entre les différents pays sur les charges sociales. Ce qui fait un salaire, c’est l’ensemble des composantes. En l’occurrence, ce sont les écarts très importants sur les charges sociales qui font le dumping social. Ces écarts demeurent.
Aujourd’hui, on parle d’une grande victoire, d’un progrès vers l’Europe sociale. Je pense que c’est un mensonge.
Dans 6 mois, les Français vont être très surpris lorsqu’ils verront toujours des Polonais et des Roumains sur les chantiers au bout de la rue alors que la PME bien enracinée dans notre territoire est très fragile, car elle ne peut pas lutter contre les entreprises ayant recours à un sous-travail, sous-payé.

Nous avons entendu le gouvernement français se féliciter du délai raccourci de 24 à 12 mois.
Est-ce un vrai progrès ou est-ce encore une fois du trompe-l’oeil ?

Les chefs d’entreprises nous disent que les travailleurs détachés viennent en bus par rotation pour 3 semaines, 1 mois et parfois 3 mois.
Ils ne viennent jamais sur 2 ans, 18 mois ou 12 mois.
Les statistiques officielles de l’Union européenne le montrent. La moyenne des détachements est de 4 mois et la moyenne en France des travailleurs détachés est de 33 jours.
On affiche une détermination politique et on accouche de quelque chose qui n’a pas de fond. 18 mois ou 12 mois, c’est bien au-delà de la réalité. La pratique actuelle ne va donc pas être modifiée.

Sans tomber dans l’anticapitalisme primaire, on a encore une fois l’impression que cette décision européenne est la victoire des grands groupes contre les petits salariés.

Jean-Louis Bourlanges, de la commission des Affaires européennes à l’Assemblée nationale, expliquait qu’il fallait faire très attention afin de permettre aux ingénieurs français d’aller travailler en Hongrie, sans leur demander de parler le hongrois. C’est une façon de s’occuper des intérêts des grands groupes et des cols blancs.
La problématique des travailleurs détachés est surtout que nous n’avons plus d’emplois d’ouvriers sur le territoire et qu’ils ont perdu beaucoup d’emplois avec la désindustrialisation.
Sur les emplois du BTP censés être non dé-localisables, nous n’avons plus la capacité de les embaucher, car le chef d’entreprise a intérêt à aller chercher moins cher.
C’est la course vers le bas, le low cost. C’est une fuite en avant sans fin.

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