Léon XIV visé par une fatwa de l’État islamique

Un appel inquiétant alors que les organisations terroristes recherchent des cibles à forte portée symbolique.
Capture d'écran Vatican News
Capture d'écran Vatican News

À peine un an après son élection et quelques jours avant son voyage apostolique en Espagne, le pape Léon XIV se retrouve confronté à une menace d'une gravité exceptionnelle. En effet, les réseaux de l’État islamique en Espagne auraient diffusé des appels explicites à la violence et au meurtre visant directement le souverain pontife, en priant pour que « ses jours soient les derniers ». Cette rhétorique s'inscrit alors dans la stratégie de l'État islamique, qui cible depuis des années les chrétiens, leurs lieux de culte et leurs représentants. Le contexte international renforce encore la portée de ces menaces. En effet, alors que l'organisation terroriste a perdu son prétendu califat territorial en Irak et en Syrie, elle conserve néanmoins des ramifications actives dans plusieurs régions du monde et continue de diffuser une propagande appelant à frapper des symboles chrétiens en Occident.

Malgré les assurances des autorités espagnoles, qui affirment qu'aucun projet d'attentat n'a été identifié à ce stade, ces menaces ne doivent pas être considérées à la légère. En effet, l'histoire de la seconde moitié du XXe siècle rappelle qu'un pape, le chef spirituel de plus d'un milliard de catholiques, n'est pas invulnérable et demeure une cible de choix pour les ennemis du christianisme.

Paul VI, un pape poignardé à Manille

Le 27 novembre 1970, le pape Paul VI effectue l'un des voyages apostoliques les plus ambitieux de l’histoire de la papauté, avec plusieurs étapes à travers l'Asie et l'Océanie. Cependant, ce périple n'est pas sans risque. Son secrétaire particulier, Don Pasquale Macchi, raconte ainsi, dans ses mémoires : « Pour chaque voyage, le pape a été averti qu'une attaque possible était prévue, du voyage en Terre sainte à l'Extrême-Orient. Les services secrets ont également alerté la Secrétairerie d'État. » Arrivé à Manille, aux Philippines, Sa Sainteté est accueillie par une foule immense venue saluer le successeur de saint Pierre, qui souhaite délivrer un message d'espérance aux catholiques du monde entier encore en train de s'adapter aux réformes de Vatican II. Cependant, au milieu des fidèles rassemblés se cache un imposteur : Benjamin Mendoza y Amor, un peintre bolivien de trente-cinq ans, déguisé en prêtre afin d'approcher le souverain pontife. Sous son habit, il dissimule alors un kriss, un poignard traditionnel à lame ondulée, et, grâce à son habit, parvient à s'approcher du pape sans éveiller les soupçons.

L'attaque est fulgurante. Mendoza frappe à deux reprises Paul VI, à la poitrine puis au cou. Le pape, âgé de 73 ans, est blessé à proximité du cœur. Il décrira lui-même la scène : « Je pensais qu'il était l'un des nombreux qui voulaient me saluer […] Dès qu'il était devant moi, il m'a donné à deux mains deux coups de poing redoutables à la poitrine. » L'agresseur est immédiatement maîtrisé par le secrétaire particulier du pape, Don Pasquale Macchi, aidé notamment par le robuste évêque américain Paul Marcinkus. Fort heureusement, les blessures se révèlent légères, mais l'issue aurait pu être dramatique. Paul VI découvrira, plus tard, « une petite blessure, juste à côté de la région du cœur, superficielle et indolore » ainsi qu'« une autre blessure, encore plus petite, presque une égratignure, apparue à droite, à la base du cou ». L'attentat suscite naturellement une émotion considérable. Pourtant, fidèle à son tempérament, le pape refuse d'interrompre son programme mais exprimera plus tard « une grande reconnaissance au Seigneur qui m'a voulu en sécurité et m'a accordé de continuer ce voyage ». Quant à Mendoza, il justifiera son geste en affirmant avoir voulu libérer l'humanité de la superstition. Condamné aux Philippines, il sera finalement libéré en 1974 puis extradé vers la Bolivie. Il mourra en 2014 et, lorsqu'on lui demandait les raisons de son attaque contre le pape, il invoquait la folie.

Jean-Paul II et les balles de la place Saint-Pierre

Onze ans plus tard, le 13 mai 1981, l'Histoire manque de basculer une nouvelle fois. Ce mercredi de printemps, la place Saint-Pierre est noire de monde. Jean-Paul II traverse la foule à bord de sa Jeep découverte pour l'audience générale et bénit au passage les enfants que lui présentent les fidèles. Soudain, à 17 h 19, plusieurs coups de feu retentissent. Le pape s'effondre, atteint à l'abdomen. Son agresseur est Mehmet Ali Agca, un extrémiste turc lié au mouvement ultranationaliste des Loups gris. Immédiatement arrêté, il est conduit en détention tandis que Jean-Paul II est transporté d'urgence à la polyclinique Gemelli de Rome.

Premier pape polonais de l'Histoire, Jean-Paul II était devenu une figure majeure de la résistance face au communisme. Son soutien au syndicat Solidarność en Pologne dérange alors fortement les dirigeants du bloc soviétique. Les enquêtes ont ainsi exploré diverses pistes concernant d'éventuels commanditaires, notamment la théorie dite de la « filière bulgare », sans qu'aucun consensus définitif n'ait pu être établi. Touché par plusieurs balles et gravement blessé, le pape survit après une longue intervention chirurgicale. Deux ans après les faits, il accordera son pardon à son agresseur et le rencontrera même dans sa cellule. Les conséquences de l'attentat sont néanmoins considérables. La sécurité pontificale est alors considérablement renforcée et la célèbre papamobile blindée devient l’un des emblèmes de cette nouvelle ère : un pape, figure de bonté, est contraint d’ériger une barrière entre lui et les fidèles pour assurer sa propre protection.

Les menaces proférées aujourd'hui contre Léon XIV rappellent ainsi que la fonction pontificale demeure exposée aux violences idéologiques, politiques ou religieuses. Dans un monde où les organisations terroristes recherchent des cibles à forte portée symbolique, les appels au meurtre émis par l'État islamique ne peuvent être minimisés. L'expérience des dernières décennies démontre que les menaces visant le chef de l'Église catholique ne relèvent pas seulement de la rhétorique : à plusieurs reprises, elles se sont déjà transformées en passages à l'acte.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Face au péril des fanatismes religieux et de leur vision totalitaire de la société, mais aussi du matérialisme consumérisme deshumanisant, notre monde à besoin d’un nouvel élan humaniste qui réunisse tous ceux qui sont attachés à la dignité et à la liberté de la personne humaine. (Frédéric Lenoir)

  2.  » les réseaux de l’État islamique en Espagne auraient diffusé des appels explicites à la violence et au meurtre visant directement le souverain pontife, en priant pour que « ses jours soient les derniers  »

    L’explorateur vénitien Marco Polo a décrit dans son « Livre des merveilles » un groupe de musulmans qui, des décennies plus tôt, semait la terreur au Moyen-Orient parmi les chrétiens et les disciples du prophète Mahomet : les hassassins ou hashshashin.
    Ils sont toujours là !

    Le premier terme est à l’origine du mot assassin, que nous utilisons pour désigner quelqu’un qui tue une autre personne

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