a signé le 23 août, à la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), avec son homologue espagnol Juan Ignacio Zoido, un “accord” sur une “coopération” en matière de formation entre la Guardia Civil et la gendarmerie nationale. Alors, j’ai eu la curiosité d’écouter l’intervention de notre ministre de l’Intérieur et c’est sans surprise que j’ai découvert un exemple de récupération politique sans aucune vergogne ! M. Collomb s’est évidemment empressé de souligner qu’il s’agissait d’une “formation conjointe entre gendarmes français et espagnols” et de mettre en exergue l’importance et la nécessité d’une coopération entre les différents pays européens, les terroristes ne connaissant pas de frontière. Merci ! Cela, on le savait ! Cette déclaration confuse de formation conjointe liée à la lutte contre le terrorisme a d’ailleurs été reprise par les « spécialistes » de BFM TV, toujours mal informés ou désinformés. Mais cette déclaration n’avait rien à voir ni aucune incidence avec le sujet du jour.

En fait, de quoi s’agit-il ? C’est beaucoup plus prosaïque : il s’agit simplement d’un “arrangement administratif” entre la France et l’Espagne, comme l’a justement précisé le directeur général de la gendarmerie nationale, permettant à la gendarmerie française de former une promotion d’élèves-gendarmes en Espagne, faute de places disponibles dans les écoles de formation en France.

L’augmentation des effectifs de la gendarmerie en 2016 a été exceptionnelle avec un renforcement à hauteur de 2.188 ETP (emploi temps plein), induit par la mise en œuvre du plan de lutte antiterroriste (PLAT), du plan de lutte contre l’immigration clandestine (PLIC) et du pacte de sécurité (PDS). La gendarmerie s’est adaptée en créant une nouvelle école à Dijon après en avoir supprimé trois les années précédentes, suite à la baisse des effectifs infligée dans le cadre de la politique de révision générale des politiques publiques (effet de yo-yo). Merci, ! Le budget 2017 a été plus maigre, avec seulement 255 nouveaux postes budgétaires. Mais, globalement, les écoles de notre gendarmerie ne peuvent pas incorporer tous les élèves-gendarmes budgétairement prévus, d’où la solution espagnole.

Cent vingt élèves-gendarmes volontaires et hispanophones, destinés à servir dans le grand Sud-Ouest, ont été retenus pour recevoir leur formation à l’école de formation de la Guardia Civil de Valdemoro, près de Madrid. Une équipe d’officiers et sous-officiers français les encadrera, appuyée par des cadres espagnols, sans doute dans certains domaines techniques. D’ailleurs, cette annonce avait été faite lors du sommet franco-espagnol du 20 février 2017 à Malaga, dans le cadre de la FIEP (association des gendarmeries européennes et méditerranéennes et des polices à statut militaire). Il ne s’agit donc en rien d’une formation conjointe, comme l’a déclaré le ministre, ni d’une coopération en matière de lutte contre le terrorisme. Il n’y aura pas d’élèves de la Guardia Civil et d’élèves-gendarmes français formés ensemble sur un même programme. Et c’est normal, puisqu’il s’agit d’une formation initiale spécifique à chaque pays et non spécialisée.

Le ministre a également annoncé une prochaine réunion JAI (Justice et Affaires Intérieures) de l’Union européenne afin de relancer la coopération antiterroriste : “Et nous insisterons pour faire en sorte que les problèmes des réseaux terroristes soient mis au cœur de cette réunion”, affirme-t-il. On peut toujours rêver d’un échange sans mesure entre services de renseignement ! Surtout quand on apprend par El Pais et par Le Soir que “la police de Vilvorde avait bien contacté la police catalane au sujet de l’imam de Ripoll ” , il y a… 17 mois. On peut même rêver – soyons fous ! – d’une mobilisation des hôpitaux psychiatriques européens !

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