Le remaniement ministériel a permis de mettre quelques nouvelles têtes sur la photo de famille. D'autres ont quitté le navire, bien sûr. C'est toujours un peu triste, mais on ne pouvait décemment pas garder un ministre comme Damien Abad. Malgré la présomption d'innocence, un homme de droite, fût-il handicapé, pèsera toujours moins lourd aux yeux du pouvoir qu'un président insoumis de la commission des finances. C'est ainsi. Il y a ceux qui reviennent, aussi, comme l'inégalable Marlène Schiappa.

Et puis, quand même, histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes, il y a les indéboulonnables. En ces temps de deuxième démarque, ceux-là sont les produits sans pastille rouge. Les indémodables. Ceux qu'on ne brade pas. On retrouvera donc Bruno Le Maire à l'Économie, à la Justice... et Gérald Darmanin à l'Intérieur. C'est un peu comme ces séries d'autrefois, dans lesquelles il y avait de fines équipes : Agence tous risques, Amicalement vôtre, Chapeau melon et bottes de cuir, Les Mystères de l'Ouest... Voilà que l'équipe d'experts se reforme en un clin d'œil, prête à repartir en mission.

Clou du spectacle, attention les yeux : Gérald Darmanin, le membre le plus éminent de cette ligue des gentlemen extraordinaires, sera désormais à la tête d'un ministère de l'Intérieur renforcé, qui inclut également le périmètre des Outre-mer. Bon. Ce n'est pas stupide. Les Outre-mer, c'est le territoire national. On peut même rappeler que les Antilles étaient françaises avant la Savoie et le comté de Nice. Il n'est que temps d'accorder à nos compatriotes ultramarins toute la considération à laquelle ils ont droit. Le problème n'est pas là.

Non, le problème, c'est que la commence à se mettre à l'heure italienne. On n'est plus au temps de la IIIe République, de ses affaires Stavisky et de ses scandales de Panama. Dans ce temps-là, toute la classe politique était pourrie, mais on démissionnait. On avait sa fierté. On en est plutôt, désormais, au parlementarisme romain, centriste, immobile, avec un État régalien à la dérive, des lois votées pour mémoire et une paisible anarchie dont tout le monde s'accommode. Je ne sais pas si vous avez vu Il Divo (2008), de Paolo Sorrentino, le réalisateur de l'exceptionnel La grande bellezza (2013). Il s'agit d'un biopic quelque peu déjanté de Giulio Andreotti, indéboulonnable président du Conseil, collectionneur de ministères régaliens, personnage central de la vie politique italienne du XXe siècle. Jamais mis en cause, toujours pris en flagrant délit de mensonge, il a traversé les gouvernements avec souplesse et aplomb.

Ainsi de Gérald Darmanin qui, alors qu'il vient de reconnaître qu'il avait menti dans l'affaire du Stade de France, a été non seulement maintenu dans les mêmes fonctions, mais même promu. Pendant ce temps, Macron, dans le rôle d'un Berlusconi français, tout aussi hâbleur, tout aussi dissimulateur, tout aussi indifférent au bruit des affaires du parquet financier, continue à faire des selfies en bras de chemise.

Il y a pour les touristes, dans les rues de Rome, quelque chose comme une nostalgie souriante, le sentiment que le ressac de la grandeur n'a laissé que des ruines sublimes, et puis plus rien, et que tout cela n'est pas bien grave. Dans Paris, devenu un mélange de musée et de décharge, on n'en est plus très loin. Seuls la saleté et le désordre donnent encore une vie grouillante à la capitale d'un pays qui fut la France. Déficit, culture, tourisme, abandon général, classe politique affairiste, scandales dans l'indifférence générale : nous voici devenus italiens. Notre classe politique a simplement pris de l'avance.

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4 juillet 2022

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30 commentaires

  1. Quoique ministre de la République il a avec ses mensonges éhontés sur l’affaire du « Stade de France » , une parcelle d’un déni intrinsèque devant l’évidence des faits, çà promet pour un « policier suprême »

  2. Ce qui est effarant, c’est la rapidité avec laquelle notre société s’est effondrée. La Cinquième République avait débuté avec De Gaulle, elle en est à Macron, qui sera peut-être suivi d’un crasseux en maillot de corps kaki?

  3. Rien de plus normal. En France depuis 1981 on fonctionne uniquement à la promotion de la nullité, de l’incapacité et de la capacité à nuire.

  4. C’est la constitution de 58 qu’il faut réviser ou abroger,le pouvoir personnel du président n’a aucune limite,les ministres sont aux ordres de Macron,le premier ministre n’est là que pour appliquer la politique présidentielle.

  5. La soupe étant bonne, mentionnons aussi le retour à la gamelle de Mme Schiappa (un de vos articles en parle), qui a beaucoup de temps pour écrire des livres (pornographiques, entre autres). Dans ce pays au bord de l’implosion, plus c’est gros, plus ça passe! Cela va bien au-delà de l’heure italienne, c’est bel et bien l’anarchie. À vomir…

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