Fontainebleau, une forêt marquée par 700 ans d’incendies

Depuis dimanche, un incendie d'exception ravage une forêt historique déjà éprouvée par maints sinistres.
Photo de Issy Baileysur Unsplash
Photo de Issy Baileysur Unsplash

L'incendie qui ravage actuellement la forêt de Fontainebleau ne peut que nous impressionner par son ampleur. Pourtant, face à ce malheur, l'Histoire et la mémoire nous apportent un espoir et un réconfort, celui de savoir que cet incendie exceptionnel, qui a déjà dévoré près de 2.000 hectares du domaine forestier, n'est pas le premier à frapper cette forêt des rois de France. Elle s'est toujours relevée des épreuves qui l'ont meurtrie. Ainsi, bien avant les Canadair, les sapeurs-pompiers et les plans de prévention, le feu représentait déjà la principale menace qui pesait sur cette forêt aux sols sableux, couverte de bruyères odorantes, de vieux résineux et régulièrement asséchée par les fortes chaleurs. Depuis plus de sept siècles, souverains, forestiers et habitants s'efforcent de protéger ce patrimoine naturel dont les paysages portent, malgré tout, encore aujourd'hui, les cicatrices des chauds étés d'antan.

Une menace identifiée dès le Moyen Âge

La crainte des incendies est si ancienne qu'elle apparaît dans les premiers textes réglementant la forêt. En effet, dès 1318, une ordonnance royale interdit de « faire des cendres dans la forêt », comme le rapporte, en 1878, l'historien et sous-inspecteur des Eaux et Forêts Paul Domet. Quelques décennies plus tard, en 1366, Charles V confirme les privilèges accordés aux villages riverains à la condition que leurs habitants participent à la lutte contre les incendies. Le risque est alors considéré comme une véritable affaire d'intérêt public. Les sanctions deviennent rapidement exemplaires. En 1518, des forestiers surpris autour d'un feu sont fouettés, marqués au fer rouge puis bannis à perpétuité. On ne badine pas avec le domaine royal. Au XVIIIᵉ siècle, la répression se durcit encore. En 1714, les récidivistes risquent la galère et les incendiaires volontaires la peine de mort.

Des incendies historiques

Malgré ces précautions, les chroniques anciennes montrent que les incendies rythment l'histoire de Fontainebleau. En 1625, un vaste feu détruit les bois autour de l'ermitage Saint-Louis. En 1661 puis en 1680, les fêtes royales organisées à Franchard par Monsieur puis par le Roi-Soleil, dont les rayons furent cette fois porteurs non de lumière et de gloire mais de flammes et de destructions, tournent à la catastrophe lorsque des flambeaux embrasent la végétation desséchée. En septembre 1726 survient l'un des plus grands sinistres connus. Pendant huit jours d'enfer, les flammes ravagent les gorges de Franchard et d'Apremont sans que rien ne puisse les arrêter. Seules quelques pluies célestes parviennent à mettre fin à l'incendie.

Au XIXᵉ siècle, l'essor du tourisme aggrave encore les risques. Avec l'invention de la locomotive, le cheval de fer sillonne désormais le pays. Mais il n'est pas seulement une machine de transport ; il devient parfois une machine d'enfer, crachant ses braises incandescentes le long des voies, tandis que l'imprudence de certains visiteurs, abandonnant un mégot encore ardent, suffit à embraser la forêt. Ainsi, plusieurs parcelles subissent l'apocalypse des flammes et conservent encore le souvenir de ces catastrophes jusque dans leur nom, comme le Mont enflammé ou le Chêne brûlé.

Les poètes et écrivains immortalisent ces tristes événements par leur plume et leur esprit. Théodore de Banville écrit ainsi, en 1857, un an après un nouvel incendie, dans À la forêt de Fontainebleau :

« N'est-ce pas, n'est-ce pas que vous étiez vivant,

Noir feuillage, immobile et triste sous le vent,

Comme une mer qu'un dieu rend docile à ses chaînes ?

Et vous, colosses fiers, arbres noueux, grands chênes,

Rien n'agitait vos fronts, par le temps centuplés !

Pourtant vos bras tordus et vos muscles gonflés,

Ces poses de lutteurs affamés de carnage

Que vous conserviez, même à cette heure où tout nage

Dans la vive lumière et l'atmosphère en feu,

Laissaient voir qu'autrefois, sous ce ciel vaste et bleu,

Vous aviez dû combattre, ô géants centenaires !

Au milieu des Titans vaincus par les tonnerres. »

Un danger vivace

Les archives évoquent d'importants incendies en 1897, en 1911 puis en 1921, lorsque 762 hectares sont détruits. Les années 1944 et 1945 sont également particulièrement destructrices, près de 1.771 hectares de forêt partant en cendres. Les décennies suivantes connaissent encore plusieurs grands départs de feu, notamment lors des étés les plus secs. Plus récemment, les incendies de 2017 puis celui de juillet 2026 rappellent que le danger n'a jamais disparu. Cependant, l'histoire de Fontainebleau enseigne aussi que la forêt sait renaître. Avec un ciel plus clément, de la patience, de la vigilance et le courage inlassable et admirable des soldats du feu, le bois des rois retrouvera, une fois encore, sa splendeur d’autrefois.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

47 commentaires

  1. Voir le profil des 2 incendiaires.
    Un pompier volontaire qui a été renvoyé des effectifs .
    Et un étudiant en droit .
    l’autre étudiant en droit à l’université Panthéon-Assas et engagé politiquement en Seine-et-Marne.
    Gabriel A., candidat aux dernières élections municipales dans sa commune, est actif dans plusieurs organisations politiques de jeunesse du département. Sur ses réseaux sociaux, il se présente comme nostalgique de l’UMP, admirateur de François Fillon et soutien d’Édouard Philippe pour l’élection présidentielle de 2027. Il avait également relayé des publications consacrées à l’incendie de Fontainebleau quelques heures avant son interpellation.
    Il a été lui aussi incarcéré

  2. Je n’ai pas souvenance de tels incendies. Bon, il y a eu trois canicules dont la dernière… ; de plus avec certains détraqués ( incendiaires ! ). Merci aux pompiers, pilotes de Canadairs, force de l’ordre ( stopper, les péniches en amont, plaisanciers, interdire les baigneurs etc ) pour l’écopage sur la Seine. Il est sûr que tous ces braves n’ont pas eu la Légion d’ Honneur, eux… Pour l’avenir, là comme ailleurs, il va falloir veiller au grain. Suveillance de départ de feux, et… Canadairs pas trop loin. Vaste programme !

  3. Merci pour cette très jolie conclusion, pleine de poésie et d’espoir :
     » Avec un ciel plus clément, de la patience, de la vigilance, et le courage inlassable et admirable des soldats du feu, le bois des rois retrouvera, une fois encore, sa splendeur d’autrefois. »

    • Sauf qu’il faut 30 ans pour qu’une forêt retrouve sa beauté … et seulement 15 ans pour
      qu’un voyou sans éducation devienne criminel !

  4. A part ça, tout va très bien Mme la Marquise, tout va très bien, juste un petit rien…. nous avons un très mauvais Chef d’Etat, nous avons la terreur et la barbarie, nous avons un endettement colossal, un grave manque de moyen pour lutter contre les incendies, idem en cas de guerre de guerre mondiale, un réchauffement climatique et cerise sur le gâteau, des pyromanes pour accélérer la calcination. A part ça, tout va très bien Mme la Marquise, tout va très bien….

  5. Le nombre d’incendiaires est extrêmement élevé dans ce pays depuis quelques temps. Quelle est la finalité de ces gens qui mettent le feu? Embêter le président, affaiblir nos pompiers, nos forces de l’ordre, le plaisir de mettre le bazar? Ces incendies démontrent que la fin du débroussaillage sur le bord des routes, au nom de l’écologie est une ineptie, tout autant que ces propriétaires qui ne nettoient plus leurs forêts ou les layons ont disparus, sans parler de l’ONF qui impose une seule essence quand il s’agit de replanter des arbres Un beau gachis

  6. Les feux paraissent éteints et tant mieux. Mais ce ne sont pas 4 Canadairs sur les 8 dont on nous dit qu’ils sont opérationnels en France qui seraient nécessaires, c’est une noria de pluseurs dizaines que nous devrions pouvoir mobiliser. Nous disposons de 2 fois moins de ces avions que la Grèce ! D’ailleurs, parmi tant d’autres, c’est une lacune européenne très significative. Puisque l’on nous rebat les oreilles avec cette Europe, pourquoi n’a-t-elle pas encore constitué une armée de pompiers volants ? Presque instantanément pourquoi ne serait-il pas possible d’envoyer sur les grands incendies de forêts (Grèce, France, Espagne, Portugal, Italie…) une myriade de Canadairs ou autres moyens ? Pourquoi ? Parce que l’Europe est plus un mirage qu’une réalité.

    •  » L’Union européenne » est un leurre, une utopie. Il n’y a ni union, ni politique commune, ni solidarité entre les pays en cas de problème. Nous l’avons vu pendant le COVID lorsque l’Italie a demandé de l’aide. Aucun pays de  » l’UE  » n’a répondu. L’aide est venue d’autres pays étrangers. Idem, pour les incendies, vous avez raison, il devrait y avoir une armée de pompiers volants pour l’Europe.
      Mais il est préférable d’envoyer des milliards en Ukraine ( sans contrôle) que d’armer l’UE.

      • Madame Van der Leyen est aujourd’hui, 15 Juillet, en Ukraine, Hier elle était aux côtés de Zelinski et du pseudo-maître.de.maison Macron sur les Champs-Elysées pour le défilé. Si la partie bien française était plutôt bien réussie, que venait faire là le contingent de dignitaires européens dont le démissionnaire Starmer, provisoirement à la tête d’un Pays qui a eu la bonne idée de sortir de cette machine à dissoudre la souveraineté de ses Membres ? Les voir tous faire des courbettes au couple Macron, c’était vraiment choquant. Une scène en carton pâte. Des personnages en quête d’existence.

  7. Réponse à SMARTLADY. Je ne parlais pas spécialement de Fontainebleau, encore qu’il suffit de voir sur les vidéos des reportages les tas de branches mortes qui sont un excellent combustible difficile à éteindre. J’habite une région riche en forêt et je sais de quoi je parle. Il n’est plus possible de se promener sans devoir enjamber branches mortes et ronces sans compter les épicéas morts sur pieds laissés à l’abandon. Non, l’ONF ne fait pas toujours son travail comme il devrait l’être et comme il était il y a 30 à 50 ans.

  8. Tout est dans la prévention, donc la réflexion. On a tendance à penser à des solutions quand on est « en situation ». J’ai connu cela en entreprise, toute les peines du monde à mettre en place des protections des réseaux contre le gel, en été, pendant les arrêts techniques…

  9. Pas d’argent pour la protection des forêts, matériel largement insuffisant. En revanche, des centaines de milliards accordés par l’UE à l’Ukraine, un des pays les plus corrompus au monde. Et cela sera financé par le pillage de nos retraites. Incroyable, Macron vient d’offrir 16 avions rafales, coût: 1,6 milliard d’euro, soit le prix de 25 canadairs (soit le prix de 25 canadairs). L’UE est largement responsable de la guerre en Ukraine. Soutien total à la Russie.

  10. je crois que parmis les suspects arrêté pour allumage de feu, il y a un  » pompier volontaire » ?!!!! ce qui ne cesse de m’interroger …. La forêt de Fontainebleau est la forêt de mon enfance…. J’en connais tant de sentiers, de rochers et de gorges… faut il être dérangé pour vouloir détruire ce joyau !!!

    • Trop de monde sur la terre. C’est b^te de dire ça mais quand je compulse mon site google-maps, je suis effaré par l’étalement urbain, même dans des zones dites protégées. Il m’arrive d’avoir peur d’aller me promener sur les lieux que j’aimais dans les années 1960-70…

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