[CINÉMA] La Chaleur, cette jeunesse qui fuit les responsabilités

Au cours d'une dispute avec Oscar, le jeune Marouane concourt involontairement à sa chute mortelle et camoufle le corps.
Copyright Petit Film
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Cinéaste diversifié mais plutôt inégal, Stéphane Demoustier – frère de la comédienne Anaïs Demoustier – a le grand mérite, néanmoins, d’être hyperactif et prolifique. Moins d’un an après L’Inconnu de la Grande Arche, le réalisateur sort en salles un nouveau film, La Chaleur. L’occasion de revenir au thriller, un genre qu’il connaît bien, lui qui avait mis en scène La Fille au bracelet et Borgo, deux longs-métrages tirés de faits réels.

Avec celui-ci, Stéphane Demoustier porte librement à l’écran le roman homonyme de Victor Jestin, paru en 2019 chez Flammarion, et lauréat du prix littéraire de la vocation et du prix Femina des lycéens.

Le récit nous raconte la dernière journée de vacances en camping de Marouane, un jeune lycéen de dix-sept ans, en passe de rentrer à l’université, qui, au cours d’une dispute survenue la veille au soir avec Oscar, un garçon de son âge, concourt involontairement à sa chute mortelle. Paniqué, Marouane retourne peu après sur le lieu de l’accident, déplace le corps sur une plage et l’ensable à un mètre ou deux de profondeur. Sa dernière journée sous le soleil plombant des Landes s’annonce alors particulièrement difficile pour lui, psychologiquement, entre sentiment de culpabilité et crainte de voir réapparaître le corps. Tandis que les gendarmes commencent à enquêter sur la disparition d’Oscar et que l’étau se resserre, Marouane se réfugie mentalement dans sa relation naissante avec Giulia…

Le mur du réel

Récit d’une jeunesse en perte de repères, qui déréalise les faits, fuit ses responsabilités mais souhaite jouir malgré cela des bienfaits de l’âge adulte, La Chaleur est à appréhender fondamentalement comme un film sur l’adolescence et la fin de l’innocence. Campé par le comédien amateur Hadrien Hussein, aux faux airs de Timothée Chalamet, Marouane a tout de l’ado taiseux et renfermé sur lui, mal dans sa peau, qui se compare sans cesse aux autres et cherche sa place parmi les jeunes de son âge. Atone, apathique, noyé dans ses pensées confuses, qu’il ne parvient jamais à exprimer au point de rendre perplexe son entourage, le personnage s’efforce de mettre de côté l’événement de la veille, comme pour se convaincre que rien de tout cela ne s’est produit.

Le sens des responsabilités, nous dit Stéphane Demoustier en fin de récit, viendra peut-être par un autre biais, celui du rapport amoureux, sorte de rite d’initiation par lequel le garçon devient généralement un homme.

Plutôt convenu dans son propos, comme dans son dispositif, le film bénéficie d’un casting judicieux, d’une photographie inspirée et de quelques fulgurances dans la mise en scène, avec ses symboles et ses sous-entendus. On pense à Rohmer, parfois à Ozon, mais le film est surtout marqué de la patte habituelle de Stéphane Demoustier, avec son temps étiré et ses épées de Damoclès. Le réalisateur de La Fille au bracelet ne tient toujours pas son chef-d’œuvre mais creuse assurément son sillon.

3 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

6 commentaires

  1. La bonne idée aura été de mettre dans le casting un Oscar qu’il n’obtiendra jamais d’une autre manière !

Commentaires fermés.

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