En plein incendie, les pompiers doivent aussi penser à l’AdBlue

Les normes européennes imposent l’AdBlue sur les camions récents, y compris ceux des pompiers en intervention.
Photo de Paulo André: https://www.pexels.com/fr-fr
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Comme chaque été, la France est en proie aux feux de forêt. Comme chaque été, les pompiers sont sur le front pour stopper les flammes et sécuriser les habitants et les habitations des régions concernées. Les Canadair et les Dash sont de la partie, les camions-citernes et les véhicules logistiques aussi. Deux catégories d’engins lourds qui roulent au diesel et nécessitent une adjonction d’AdBlue, pour le moins contraignante et contre-productive.

De quoi s’agit-il ? L’AdBlue est un liquide composé d’eau déminéralisée et d’urée qui a vocation à transformer une partie des oxydes d’azote (produits par les moteurs diesel) en azote et en eau avant leur échappement. Autrement dit, l’AdBlue permet à ces véhicules de moins polluer. Le système n’est pas obligatoire, mais il est généralisé depuis 2015, depuis que la norme environnementale européenne Euro 6, qui a drastiquement baissé les seuils d'émission de particules fines et d’oxydes d'azote autorisés, est entrée en vigueur.

Des véhicules plus propres

Concrètement, les propriétaires des véhicules concernés ont un réservoir supplémentaire réservé à l'AdBlue et doivent le remplir régulièrement. Si ce n’est pas fait, un message d’alerte s’affiche. Dans certains cas, les performances du véhicule sont limitées ou, pire, son redémarrage est bloqué jusqu’au remplissage. Ce qui est vrai pour les voitures est aussi vrai pour les poids lourds et… les camions de pompiers.

Cette règle s’applique de la même manière, qu’ils soient en intervention ou non. Si bien que lorsqu’ils sont sur le terrain en train de lutter contre les flammes qui ravagent des milliers d'hectares de végétation, ils doivent, en plus d’accomplir leur mission première, penser à approvisionner leur fourgon en AdBlue, comme l’explique à BV un cadre des sapeurs-pompiers : « C’est une contrainte supplémentaire car, en plus d’avoir des réserves de carburant, il faut aussi des réserves d’AdBlue. »

Si ce n’était que ça… « C'est tout le problème de l'évolution des normes qui ont un but donné, qui n'est pas un but intégrant les services nationaux de secours. Il y a typiquement l’AdBlue, mais pas seulement. C'est aussi la réflexion sur l’arrêt de la fabrication des moteurs thermiques en 2035, la mise en place des différentes aides à la conduite : la sécurité du franchissement de voies, le freinage d'urgence... Toutes ces questions-là, qui visent d'autres objectifs, impactent tous les utilisateurs, y compris ceux qui sont dans des circonstances qui ne relèvent pas du commun des mortels », précise le pompier.

Des interventions plus compliquées

Les exemples sont encore nombreux et laissent à penser qu’il devrait y avoir un régime dérogatoire pour les services de secours. Oui mais, « au ministère de l'Écologie, ils n'ont pas la technicité qui permet d'identifier les cas spécifiques. Donc, on travaille a posteriori et ce sont des mois de travail pour arriver à faire comprendre le problème, à convaincre de l'importance de ce problème dans des sphères qui ne sont absolument pas averties des particularités des services concernés. »

Pour notre interlocuteur, la vidéo qui circule actuellement sur les réseaux sociaux montrant des camions devant faire des rotations pour se réapprovisionner en AdBlue en plein incendie est quelque peu exagérée, car il y a de toute façon des rotations toutes les 10 à 14 heures permettant de remplir les réservoirs. « Par contre, la somme de tous ces éléments techniques crée des contraintes, des vérifications, des pannes, des complexités qui nécessitent la mise en place de dispositifs particuliers, d'adaptations pour permettre de shunter [court-circuiter] certains de ces mécanismes », rapporte le pompier. Les soldats du feu, comme les forces de l’ordre qui agissent en permanence dans l’urgence, n’ont pas vraiment besoin de cela. L'écologie doit-elle primer, dans des domaines aussi sensibles ?

Vos commentaires

67 commentaires

  1. Histoire de normes
    Je ne sais pas si la SNSM a pu mettre en oeuvre ses nouveaux bateaux de secours en mer, interdit de mise en service par des normes eurpéennes apparues entre le début de la construction et la sortie des chantiers. Quel aura été le coût et le retard… Pas grave, Nicolas aura payé!

  2. Les pompes qui distribuent l’AdBlue sont voisines des pompes à gasoil pour poids-lourds. Ça prend moins de deux minutes pour faire un plein d’AdBlue. On en trouve même dans des jerricans à emporter. Le problème, c’est la fiabilité du système. J’ai eu quelques déboires de ce côté.

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