Face aux flammes, les sanctuaires de Cotignac échappent au pire

Tout danger n'est pourtant pas écarté : ce 23 juillet, des reprises de feux sont signalées le long de la RD13, du côté de Cotignac.
Capture d'écran Infos Françaises
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Au cœur de la Provence verte, entre les collines boisées, deux hauts lieux de pèlerinage se font face : le sanctuaire Notre-Dame de Grâces et l'abbaye Saint-Joseph du Bessillon, édifiée sur le site de la seule apparition reconnue de saint Joseph en France. Tous deux ont traversé les siècles malgré les troubles de l'Histoire, les ravages de la Révolution et de longues années d'abandon. Pourtant, une nouvelle épreuve s'est dressée sur leur route, ces derniers jours. En effet, un violent incendie a ravagé le massif du Bessillon et a menacé de détruire ces deux sanctuaires. Grâce à l'intervention exceptionnelle des secours et par miracle, les bâtiments ont finalement été épargnés, offrant l'image saisissante de ces lieux de prière demeurés debout au milieu d'un monde noirci par les flammes.

Un incendie d'une rare violence

Le 21 juillet 2026, un important incendie s’est déclaré près de Pontevès, dans le Var. Attisé par un vent violent et favorisé par la sécheresse exceptionnelle qui touche le département, comme une grande partie de la France, le feu a progressé rapidement vers le massif du Bessillon et a menacé directement les deux grands sanctuaires de Cotignac. Plus de 1.200 sapeurs-pompiers sont mobilisés, épaulés par deux Canadair, deux Dash et un hélicoptère bombardier d'eau.

Face à l'avancée des flammes, les religieuses de la communauté Mater Dei sont évacuées du monastère Saint-Joseph. Les frères de Saint-Jean quittent également le sanctuaire de Notre-Dame-de-Grâces, tandis que les familles venues participer aux sessions d'été sont mises en sécurité. Pendant plusieurs heures, chacun redoute le pire. Le feu atteint les abords immédiats des deux sites et consume une grande partie de la végétation environnante.

Pourtant, les bâtiments demeurent intacts. Ce résultat tient d'abord au courage des secours et aux importants travaux de débroussaillage réalisés ces dernières années. « Les deux sanctuaires ont été préservés grâce au travail des pompiers, aussi grâce à la main de Dieu, parce qu'il y avait beaucoup de prières », a déclaré frère Vincent, prieur de la communauté et recteur du sanctuaire. Malheureusement, tous les habitants des environs n'ont pas eu cette chance. Les flammes ont provoqué d'importants dégâts dans le massif et l'incendie poursuit encore sa progression dans les environs.

Notre-Dame-de-Grâces, berceau du vœu de Louis XIII

Le plus ancien des deux sanctuaires de Cotignac est celui de Notre-Dame-de-Grâces, dont l'histoire débute en 1519. Cette année-là, la Vierge Marie apparaît à plusieurs reprises au bûcheron Jean de la Baume, sur la colline de Grâces, et lui demande d'y faire édifier une église où elle sera honorée. L'évêque de Fréjus reconnaît rapidement les faits et une chapelle est élevée sur le lieu même des apparitions où affluent les pèlerins.
Le rayonnement de Notre-Dame-de-Grâces prend une dimension nationale en 1637. Alors que Louis XIII et Anne d'Autriche sont toujours sans héritier après plus de vingt ans de mariage, le frère augustin Fiacre de Sainte-Marguerite vient y prier la reine des Cieux afin d'obtenir la naissance de ce prince tant attendu. Quelques mois plus tard, le 5 septembre 1638, naît le futur Louis XIV. Convaincu que cette naissance est une grâce du Ciel, Louis XIII consacre solennellement le royaume de France à la Vierge Marie. Depuis lors, Cotignac demeure intimement liée à l'histoire de la monarchie française.

Comme de nombreux édifices religieux, le sanctuaire souffre durant la Révolution française. Les religieux sont dispersés, les bâtiments sont confisqués puis transformés en prison avant d'être finalement démolis. Une nouvelle église est reconstruite au début du XIXᵉ siècle, abritant plusieurs objets liturgiques et statues sauvés in extremis des destructions révolutionnaires. Peu à peu, les pèlerinages reprennent et, en 1981, le sanctuaire est confié aux frères de Saint-Jean, qui poursuivent encore aujourd'hui la mission confiée, cinq siècles plus tôt, par la Vierge Marie.

Saint-Joseph du Bessillon, une apparition unique en France

À quelques kilomètres, seulement, de Notre-Dame-de-Grâces s'élève le sanctuaire Saint-Joseph du Bessillon, dont l'origine remonte au 7 juin 1660. Ce jour-là, un jeune berger prénommé Gaspard Ricard garde son troupeau sur les pentes du mont Bessillon lorsqu'un homme lui apparaît. Celui-ci lui dit simplement : « Je suis Joseph. Soulève ce rocher et tu boiras. » Malgré la taille imposante de la pierre, le berger la déplace aisément et découvre une source abondante, qui coule encore aujourd'hui. L'évêque de Fréjus fait rapidement ouvrir une enquête avant de reconnaître l'authenticité des faits et de cette apparition du père nourricier du Christ, unique, en France, à avoir été officiellement reconnue par l'Église. Une chapelle est édifiée dès 1660, puis un couvent est construit afin d'accueillir les religieux chargés de veiller sur ce nouveau lieu de pèlerinage. Au fil des décennies, la dévotion à saint Joseph ne cesse de grandir et le Bessillon devient un haut lieu de prière pour les familles, les artisans et tous ceux qui placent leur confiance sous la protection du père adoptif du Messie.

Cependant, encore une fois, la Révolution française interrompt brutalement cet essor. Les religieux sont expulsés, les bâtiments sont vendus comme biens nationaux et le couvent tombe progressivement en ruine. Seule la chapelle est préservée et quelques célébrations continuent d'y être organisées, notamment à l'occasion de la fête de la Saint-Joseph. Il faut attendre 1975 pour assister à une véritable renaissance, lorsque des bénédictines revenues d'Algérie décident de redonner vie au sanctuaire. Les bâtiments sont restaurés et le site retrouve progressivement sa vocation d'accueil et de retraite spirituelle. Depuis 2019, les religieuses de la communauté argentine Mater Dei ont pris la relève, poursuivant cette mission de prière et d'accueil des pèlerins.

Aujourd'hui, Notre-Dame-de-Grâces et Saint-Joseph du Bessillon, sauvés des flammes, forment un ensemble spirituel unique en France : celle de témoins de ce lien profond qui unit la France à ses racines chrétiennes.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

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