Ces mystérieux « conseillers européens pour la sécurité nationale ukrainienne » auprès de Zelensky
Dimanche après-midi, en pleine négociation pour la paix entre le président Zelensky et les deux envoyés spéciaux du président Trump venant de Moscou, nous apprenions qu’il y avait aussi, dans le palais présidentiel ukrainien, des « conseillers européens pour la sécurité nationale… ukrainienne » à qui le président ukrainien rendait compte de l’état de ses négociations avec les deux envoyés américains. Lundi en fin de matinée, nous apprenions que les Ukrainiens refusaient les propositions de paix américaines. Alors, que s’est-il passé, entre-temps ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre…
Qui étaient donc ces « conseillers européens pour la sécurité nationale » ?
Il y avait donc trois conseillers qui se seraient entretenus à la fois avec le président Zelensky et, semble-t-il, aussi, avec Steve Witkoff et Jared Kushner. Il s'agit de l'Allemand Günter Sautter, du Britannique Jonathan Powell et du Français Emmanuel Bonne. À l'origine, il aurait été prévu qu'ils soient plus nombreux*. Ces trois diplomates de haut rang sont les trois conseillers, respectivement, de Friedrich Merz, d’Andy Burnham et d’Emmanuel Macron. Ce qui est toutefois très surprenant est la désignation par le président Zelensky de ces trois conseillers diplomatiques en tant que conseillers à la sécurité nationale… ukrainienne. Ces trois hauts fonctionnaires ont dû servir en fait de simples courroies de transmission avec leurs trois présidents et chefs de gouvernement respectifs, mais dans ce cas, pourquoi ne pas y avoir convié les ambassadeurs des trois pays et des autres pays européens, d’ailleurs ?
Serait-ce à dire que l’Ukraine ne serait pas indépendante mais, de fait, un « protectorat » de l’Union européenne, faute d’en être un membre à part entière ? La présence de ces trois envoyés spéciaux de deux pays de l'Union européenne et du Royaume-Uni aurait pu rendre jaloux, à juste titre, les autres membres de l’UE et de la fameuse « Coalition des volontaires »… Il se pourrait donc que ces trois hauts fonctionnaires soient venus à Kiev pour « contrôler » ce qu’a dit ou pas dit le président Zelensky à ses deux interlocuteurs américains. Sans doute, aussi, ont-ils dû faire en sorte que le président ukrainien ne signe rien sous la contrainte supposée des deux missi dominici du président Trump.
Une présence européenne à Kiev déjà significative
L’aide européenne à Kiev se présente déjà par la présence de deux organismes principaux que sont respectivement la délégation européenne en Ukraine et l'EUAM-Ukraine, qui est censée accompagner la réforme des structures administratives locales en vue de l’intégration future de l’Ukraine dans l’Union. Cette dernière structure s’est vu élargir, d’ailleurs, en mai dernier ses compétences dans le domaine de la défense et de la sécurité. Ces structures bureaucratiques pourraient être tout naturellement complétées par les troupes de la Coalition des volontaires, en cas de signature d’un cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine, sous la forme de troupes, essentiellement et pour l’instant quasi exclusivement françaises et britanniques. On ajoute à cela les industriels européens de toutes nationalités qui font déjà du business à Kiev et on assiste à une quasi mise sous tutelle, par les Européens à majorité allemande, des structures ukrainiennes en attente de reconstruction et d’intégration à l’UE et, pourquoi pas ensuite, à l’OTAN pour garantir la sécurité militaire de l'Ukraine.
La signature rapide avant les midterms d’un accord de cessez-le-feu, voire d’un traité de paix, entre les deux belligérants sous l'égide américaine ne ferait donc nullement les affaires de tous ces Européens avides de contrats juteux sur le dos d’un pays en guerre et en attente de reconstruction. Sans surprise, et sans doute sur l’intervention des trois diplomates européens mentionnés plus haut, le président Zelensky n’a donc pas approuvé le document présenté par les Américains au prétexte que les clauses territoriales forceraient les troupes ukrainiennes à quitter les 20 % du Donbass encore non occupés par l’armée russe.
Un président ukrainien sous pression
Alors que les médias occidentaux insistent souvent lourdement sur les prétendus soucis du président russe, aucun ne veut parler réellement des souffrances et des revers enregistrés depuis plus de quatre ans par les forces armées ukrainiennes, présentées au contraire comme étant des forces armées exemplaires pour les armées européennes et celles de l’OTAN. Ces forces armées sont cependant sous la double perfusion financière des Européens et militaire des Américains, en termes notamment de renseignements, mais aussi et surtout de logistique (missiles Patriot) et de ciblage. Actuellement, les meilleures garanties militaires de sécurité de l’Ukraine sont d’ailleurs encore fournies par le parapluie conventionnel et nucléaire américain, et ce, en dépit des déclarations souvent déroutantes et tonitruantes du président Trump.
À ce sujet — Vers une Pax Americana en Ukraine ?
Jusqu'à maintenant (sauf durant une semaine, en février 2025, après l’entretien désastreux pour le président Zelensky dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche), Trump n'a, par exemple, jamais remis en cause le centre de coordination américano-ukrainien de Wiesbaden. On s’était d’ailleurs aperçu des difficultés des soldats ukrainiens malmenés par leur ennemi, durant ces quelques jours de février 2025 où ils ne pouvaient plus lire à livre ouvert le dispositif et l’articulation des forces adverses sur le terrain. En outre, la nécessité pour les Américains de se concentrer désormais sur le front iranien, où les hostilités ont recommencé, va, durant au moins un an, les contraindre à alléger leur soutien à l'Ukraine.
Les Européens vont devoir tôt ou tard lutter sur deux fronts
Les Européens qui se sont investis à coups de milliards dans cette guerre contre la Russie vont sans doute assez rapidement devoir, également, faire face à d’autres menaces sur leur « front occidental », notamment aux Malouines et au Groenland, que les Argentins et les États-Unis n’ont respectivement pas oubliés. Reprenant le mot d’ordre du président Monroe, le président Trump privilégie « l’Amérique aux Américains » au soutien d’un pays lointain et d’une Europe qui cherche à faire de bonnes affaires en Ukraine mais ne l’aide nullement au Moyen-Orient contre le gouvernement des Gardiens de la révolution.
C’est pour cette raison que, tôt ou tard, les Européens devront réapprendre à vivre avec les Russes et faire en sorte que les Ukrainiens acceptent un accord de paix, certes imparfait, mais qui leur permettra de vivre dans un pays encore démocratique, indépendant et à l'économie libérale. Pour conserver leur liberté, les Ukrainiens du président Zelensky, ou de son successeur après les élections, devront renoncer, au moins provisoirement, à quelques « arpents de neige » à l’ouest du Donbass. Sinon, il est fort à parier qu’ils fassent tôt ou tard l’objet d’efforts encore inconnus de destructions massives de la part de leur ennemi russe qui, pour l’instant, n’a pas encore utilisé toute la panoplie d’armes qu’ils ont encore en leur possession.
D’ailleurs, le président Zelensky, même s’il traite encore Poutine de « p… de terroriste », n’aurait pas encore complètement exclu la possibilité d’avoir une discussion directe avec ce dernier, dans un proche avenir. Et ce, où et avec qui d’autre ? C’est encore un détail à devoir régler. Sinon, ce sera la poursuite de la guerre avec ses dérapages que l’on commence à entrevoir.
* Il y aurait eu, aussi, d’autres « conseillers européens pour la sécurité nationale » de prévus : un Italien, un Polonais et un représentant de l’OTAN cependant non mentionnés dans la plupart des médias.








































84 commentaires
il n’arrêtera jamais la guerre , il est au Canada et finira par tous les belligérants pour remplir les caisses vident ! une question me taraude nous sommes ruinés idem pour l’UE pour l’Ukraine , mais où va l’argent et le matériel de ce pays ?
Après leur rencontre à Moscou du 5 septembre 2026 avec Poutine, Witkoff et Kushner se sont rendus le lendemain 6 à Kiev pour deux réunions avec Zelensky et son staff pour leur présenter ce qui convient d’être appelé le plan de paix conjoint russo-américain.
Les trois conseillers européens (France, Allemagne, GB) n’ont été autorisés à assister qu’à la première réunion de l’après-midi, mais pas au second face-à-face qui s’est tenu dans la soirée dans la plus stricte confidentialité entre les envoyés de Trump et Zelensky. C’est évidemment lors de cet aparté que se sont dites les choses les plus importantes, hors des Européens.
Je note que la France n’était pas représentée comme de normal par un diplomate désigné par le ministre des affaires étrangères JN Barrot, mais par Emmanuel Bonne , conseiller diplomatique de Macron depuis 2019, ce qui montre que le dossier est directement piloté par l’Elysée et non par le Quai d’Orsay.
De toute manière, vu l’inquiétante tournure que prend cette guerre à l’approche de l’hiver pour l’Ukraine qui n’a plus aucune défense anti-missiles balistiques, Zelensky aura beau jouer au matador fier-à-bras, il sera contraint de choisir dans les très prochains mois entre le plan de paix conjoint russo-américain ou celui conjoint américano-russe. Ce sera bonnet blanc ou blanc bonnet.