[CINÉMA]Salvation, la rivalité entre deux villages kurdes, mâtinée d’intégrisme islamique
Dans le sud-est de la Turquie, le village du clan Hazeran, situé à flanc de montagne, vit sur des terres agricoles autrefois possédées par le clan Bezari, qui occupe dorénavant la plaine.
Profitant d’une paix fragile récemment instaurée, suite à un conflit armé entre les deux villages, les Bezari se réinstallent petit à petit dans la montagne, sous le regard inquiet des Hazeran.
Alors que le chef de ces derniers, le cheikh Ferit, prône la cohabitation pacifique, son frère Mesut, guidé par des visions paranoïaques, s’y oppose fermement et, avec le soutien majoritaire des villageois, remet en question son autorité personnelle afin de relancer les hostilités avec le clan voisin….
Réalisé par Emin Alper, à qui l’on doit Burning Days, sorti en 2023, Salvation (Kurtuluş, en version originale, que l’on pourrait traduire par « Libération ») a valu au cinéaste turc l’Ours d’argent lors du Festival de Berlin de 2026. Une récompense qui contrebalance les critiques négatives parues dans la presse de gauche, en Turquie, manifestement déçue du portrait peu amène que dresse Emin Alper de la communauté kurde...
Tiré d’un fait divers
Tourné dans le sud-est du pays, entre les régions de Batman et de Mardin, Salvation s’inspire en effet d’une tragédie survenue en 2009 dans un village kurde des environs : lors d’une cérémonie de mariage, un groupe d’hommes armés y avait massacré quarante-quatre personnes en raison d’un conflit de voisinage. Et le cinéaste de commenter dans le dossier de presse du film : « Je voulais simplement prendre cet événement comme point de départ et construire une sorte de laboratoire psychologique dans lequel je pourrais observer comment la peur, la paranoïa et les luttes de pouvoir peuvent conduire une petite communauté au bord de la folie. »
Car folie il y a. Exclusivement centré sur le clan Hazeran, ce récit aux allures de western nous montre un village qui vit en vase clos, où la rumeur d’une menace extérieure, les intuitions cauchemardesques et les affabulations en tous genres ne sont jamais remises en question et légitiment un affrontement inéluctable.
Un film antidémocrate ?
Plutôt cynique, voire populophobe – ce que l’on avait déjà pu constater dans Burning Days –, le cinéaste nous dépeint un environnement extrêmement malsain dans lequel, fondamentalement, des populations rurales complètement abruties et illettrées trompent leur ennui en cherchant chicane avec leur voisinage. Et ce, avec la conviction d’être dans leur bon droit et d’accomplir les desseins de Dieu – le personnage de Mesut (Caner Cindoruk, au visage fermé) personnifie à merveille ce mélange d’intransigeance et de fanatisme prophétique.
Hélas, devenue un lieu commun, y compris en Occident, cette idée selon laquelle les paysans seraient foncièrement arriérés, en comparaison avec le monde citadin, ressemble à s’y méprendre à une forme de mépris de classe qui semble légitimer toute atteinte à la démocratie. Le pouvoir turc ne pouvait espérer mieux que ce portrait à charge contre les Kurdes…
2,5 étoiles sur 5
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3 commentaires
En modifiant quelque peu les termes, on pourrait appliquer ce vieil adage espagnol qui affectionnait tant mon ami le duc de Tovar: « Petit village, grand enfer ».
Je peux témoigner qu’il reste encore chez nous des territoires où la hauteur de vue est singulièrement étriquée….
Mais pas uniquement dans la monde rural. Cela se trouve aussi dans les villes grandes et moyennes, chez LFI ainsi que dans les partis politiques, à l’assemblée et au gouvernement.