Sommet de l’Espace : Macron rêve des étoiles, Washington lui rappelle la gravité

Le sommet organisé à Paris devait afficher la puissance spatiale européenne. Les champions américains ont choisi de rester à quai.
Un lancement SpaceX, tour de force d'Elon Musk. © SpaceX
Un lancement SpaceX, tour de force d'Elon Musk. © SpaceX

Emmanuel Macron avait vu grand. Très grand. Les 9 et 10 septembre, Paris accueille le premier Sommet international sur l’espace. Près de 2.000 participants et 120 délégations sont attendus au Grand Palais. Chefs d’État, scientifiques, astronautes, militaires et industriels doivent réfléchir à l’avenir de cette nouvelle frontière stratégique. L’occasion, surtout, pour la France et l’Europe, de rappeler qu’elles entendent encore compter dans la grande bataille spatiale mondiale.

Las. À quelques heures de l’ouverture, plusieurs invités de marque ont disparu de l’affiche. SpaceX, la firme d’Elon Musk, Blue Origin, celle de Jeff Bezos, ainsi que Stoke Space et Starcloud ont annulé leur participation. Friedrich Merz, le chancelier allemand qui devait coprésider le sommet avec Emmanuel Macron, sera lui aussi absent. Pour une démonstration de puissance, le tableau commence par quelques chaises vides.

Le grand rêve de souveraineté européenne

Le sommet parisien ne doit pas être un simple rendez-vous de passionnés de fusées. Emmanuel Macron entend placer l'espace au cœur des enjeux de puissance du XXIe siècle. Sécurité, défense, économie, innovation : l'Europe veut montrer qu'elle a compris que la maîtrise de l'espace conditionnera une part croissante de sa souveraineté.

Bruxelles et Paris multiplient donc les grands projets. Ariane 6 doit garantir à l'Europe un accès autonome à l'espace. Le programme IRIS est censé réduire la dépendance européenne aux constellations étrangères. L'Union européenne promet également de bâtir une véritable stratégie spatiale et de favoriser l'émergence de champions industriels. L'ambition est considérable. La réalité, un peu moins.

Musk, Bezos et le coup de la chaise vide

Les absents du sommet ne sont pas de simples figurants. SpaceX domine aujourd'hui largement le marché mondial des lancements. Avec Starlink, l'entreprise d'Elon Musk possède également une infrastructure devenue stratégique à l'échelle planétaire. Blue Origin incarne, de son côté, l'autre grand pari américain dans la conquête privée de l'espace.

Selon Reuters, ces désistements sont intervenus dans le contexte de pressions exercées par l'administration Trump. Le message adressé aux entreprises américaines aurait été limpide : leur présence à Paris risquait d'être interprétée comme un soutien aux orientations européennes auxquelles Washington s'oppose.

Ainsi, au moment précis où Emmanuel Macron espérait faire de Paris la vitrine des ambitions européennes, les États-Unis auraient réussi à convaincre leurs champions industriels de ne pas venir. Il fallait organiser un sommet sur la souveraineté pour mesurer, en creux, l'étendue de la dépendance européenne.

L’Europe veut montrer ses muscles

C'est tout le paradoxe de cette affaire. L'Europe parle de souveraineté, mais tente encore de construire les instruments qui lui permettraient de l'exercer. Pendant que Bruxelles dessine les contours de ses futures constellations, Starlink est déjà là. Pendant que l'Europe cherche à accélérer la cadence de ses lanceurs, SpaceX enchaîne les décollages. Pendant que Paris réunit des experts pour réfléchir à l'avenir de l'espace, les entreprises américaines transforment déjà cet avenir en marché.

Ariane demeure une réussite technologique et l'Europe conserve des compétences considérables. Mais la compétition a changé de dimension. Le vieux modèle des grands programmes publics avance à son rythme quand les entreprises américaines ont imposé une cadence industrielle nouvelle. Le résultat est cruel : l'Europe voudrait jouer dans la cour des grands alors qu'elle cherche encore les clefs du portail.

Encore un sommet, mais où est la puissance ?

C'est sans doute ce que révèle le mieux cet épisode. Depuis son arrivée à l'Élysée, Emmanuel Macron a fait des grands sommets internationaux et de la « souveraineté européenne » l'une des marques de sa politique. Mais un sommet ne fabrique pas une fusée. Un discours ne met pas un satellite en orbite. Et une déclaration européenne ne crée pas, par décret, un équivalent à SpaceX. Paris voulait montrer ses muscles. Les géants américains ont choisi de lui tourner le dos.

Il serait évidemment abusif d'imputer à Emmanuel Macron la décision de SpaceX ou de Blue Origin de ne pas participer au sommet. Mais le Président français peut difficilement ignorer la portée symbolique de ces défections. L'événement devait illustrer l'ambition spatiale européenne. Il rappelle finalement, avec une certaine brutalité, le chemin qui reste à parcourir.

Une fois encore, la souveraineté européenne est affichée en lettres capitales dans les discours. Dans l'espace, elle attend encore son décollage.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

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