Énergie nucléaire : la bataille fait rage entre Édouard Philippe et Marine Le Pen

À cette heure, le duel d’artillerie semble s’être arrêté. Peut-être par manque de munitions.
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La grande guerre de la présidentielle n’a pas vraiment commencé, mais les incidents de frontière, les escarmouches et les embuscades se multiplient. Preuve en est les échanges de tirs d’artillerie entre Édouard Philippe et Marine Le Pen sur la question de l’énergie nucléaire. Sujet évidemment central, puisqu'au cœur du réacteur de notre souveraineté énergétique.

Marine Le Pen déclenche le tir

Ce 16 avril, tout part d’un tir lancé par Marine Le Pen, sur X. « Il n'est jamais inutile de rappeler que l'héritage d'Emmanuel Macron, c'est aussi celui de tous ceux qui ont docilement mis en œuvre ses politiques destructrices pour le pouvoir d'achat des Français et la souveraineté nationale. » C’est pas faux, et c’est même plutôt vrai. Les noms, on les connaît. Au premier rang, c’est évidemment les nombreux Premiers ministres d’Emmanuel Macron. Dont Édouard Philippe. C’est ce que pointe du doigt la patronne des députés RN en rappelant que « le premier de ces exécutants, c'est Édouard Philippe… » Formule cruelle qui n’est sans doute pas sans rappeller celle, tout aussi cruelle, prononcée le 14 juillet 2004 par Jacques Chirac à l’endroit de Nicolas Sarkozy : « Je décide, il exécute. »

Édouard Philippe a été effectivement l'exécutant ou exécuteur des plus ou moins basses œuvres d’Emmanuel Macron « à la grande époque ». Marine Le Pen a donc beau jeu de rappeler qu’en 2020, Édouard Philippe avait annoncé « avec une fierté non dissimulée la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Mais aussi la mise en place des zones à faibles émissions, rejetées cette semaine à l'Assemblée grâce à la mobilisation constante du Rassemblement national depuis cinq ans… » Et de taper dur sur le maire du Havre : « Nous ne sommes pas dupes de l'escroquerie par laquelle les premiers des macronistes cherchent, depuis des mois, à se déresponsabiliser du saccage des dix dernières années. La campagne présidentielle qui s'annonce sera aussi l'occasion, pour nous, de démasquer cette hypocrisie, chaque jour, devant les Français. »

Tir de contre-batterie d'Édouard Philippe

Action-réaction. Édouard Philippe a aussitôt déclenché un tir de riposte des plus sévères. « Madame Le Pen, je n’ai pas dit, comme vous, que le nucléaire était dangereux et qu’il fallait en sortir pour ensuite le défendre, revirement qui est la marque de fabrique du RN sur à peu près tous les grands sujets : euro, Frexit, IVG, retraites, OTAN, taxe Zucman, et j’en passe… » Une pluie d’obus qui mélangent tous les sujets et toutes les époques avec, cependant, quelques fumigènes pour se défiler sur un sujet pourtant évoqué par Marine Le Pen dans son message. Lequel ? Celui très embarrassant des ZFE, discrètement, prudemment, évité dans la réponse de l’ancien Premier ministre.

Mais au fait, c’est quoi, ce revirement de Marine Le Pen sur le nucléaire ? En 2011, effectivement, trois mois après la catastrophe de Fukushima, au Japon, la présidente du Front national avait déclaré, sur France Inter, que la sortie du nucléaire était « un objectif qu'il faut avoir à l'esprit parce que c'est une énergie extrêmement dangereuse ». Mais elle ajoutait - ce que Philippe se garde bien de préciser- que cette sortie du nucléaire ne pouvait se faire que « progressivement » et devait passer par « un investissement massif dans la recherche concernant les nouvelles énergies qui, aujourd’hui, compte tenu de l’état d’avancement de ces recherches, ne permettent pas d’envisager une indépendance énergétique ». Et elle poursuivait en précisant que « cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas continuer à effectuer des recherches pour sécuriser le nucléaire ». Nuance.

« L'horizon sain » d'Édouard Philippe

Mais la bataille d’artillerie n’en est pas restée là. Cette fois-ci, c’est l’un des généraux de Marine Le Pen, le député des Bouches-du-Rhône Franck Allisio, qui a contre-attaqué : « Édouard Philippe prend les Français pour des imbéciles. Il est l’un des grands artisans du déclin du nucléaire français. » Et de poster l'extrait d’une déclaration de Philippe en 2019 : « Nous avons proposé un chemin crédible pour réduire la part du nucléaire à 50 % d’ici 2035, avec le développement massif du renouvelable et notamment de l’éolien en mer. » D'ailleurs, dès le début du premier septennat de Macron, précisément en septembre 2017, lors d’un entretien chez Mediapart, le Premier ministre de l'époque avait, certes, repoussé l’échéance, prévue sous Hollande et reprise par Macron dans sa campagne, à 2030, déclarant notamment ne pas être un « fétichiste de la date », mais il avait bien maintenu l’objectif des 50 % à terme, qualifiant même cette « nouvelle fourchette de 2030-2035 » d’« horizon sain ». Donc, lorsque Édouard Philippe répond aujourd'hui à Marine Le Pen qu’il a « immédiatement mis fin à l’objectif imbécile et idéologique d’un mix électrique avec 50 % de nucléaire en 2025 », il s'arrange tout de même un peu avec l’Histoire.

En tout cas, à cette heure, le duel d’artillerie semble s’être arrêté. Peut-être par manque de munitions.

 

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

77 commentaires

  1. Edouard Philippe et Elizabeth Borne sont responsables et coupables de l’exécution du massacre du nucléaire français décidé par Hollande et Aubry pour prix des voix des écolos de Voynet, Duflot et consorts. Mais la cerise sur le gâteau, c’est Macron qui a financé sa campagne de 2017 avec les généreux dons de ceux qui se sont fait arroser pour la vente de la branche énergie d’ALSTOM (les turbines des centrales nucléaires) qu’il a « organisée » en catimini de l’Elysée où il était secrétaire général adjoint, puis autorisée comme ministre des finances et de l’économie. Le hic, c’est que Marine le Pen le soir du « fameux » débat aurait pu et dû fusiller Macron à bout portant en quelques phrases. Sauf qu’elle s’est pris lamentablement les pieds dans le tapis, confondant les dossiers et ne visant pas là où il fallait, en n’employant pas les mots qui auraient dû claquer comme des balles : trahison, forfaiture, corruption. Complot contre la République Française.
    Quand Macron ne sera plus couvert par son immunité présidentielle, l’enquête préliminaire du parquet national financier, après le signalement en 2019 à la justice d’Olivier Marleix, alors président de la commission d’enquête parlementaire reprendra son cours.
    Mais les dégâts seront toujours. Et les Français en auront pris pour 10 ans.

  2. Alors là, bravo E.phillipe à ANNULER LA RECHERCHE des travaux sur les déchêts nucléaires qui pouvaient être réutiliser et servir à nouveau dans nos centrales nucléaires Francaises, et ainsi avoir du carburant pour des centaines d’années OUI. Voila de quoi est capable ce «  » mec » », et vous voudriez lui confier la gestion de la France ?? Attention le vote de 2027 est CRUCIAL pour notre avenir. REFLECHISSEZ BIEN

  3. Désolé de le dire comme cela, mais les deux sont nuls. Pour Philippe, le texte est clair. Pour Le Pen, il suffit de savoir que l’énergie nucléaire, depuis qu’elle existe, est celle qui a, à son actif, le moins de mort.
    Donc, 2 incultes!

  4. Monsieur Edward Philippe qui ne voit la France qu’avec les yeux de Chimène de la mondialisation heureuse, est un fonctionnaire sans carrure libérale. Il fera toujours partie de la cohorte des toujours plus d’impôts. N’oublions jamais qu’il s’est illustré avec Notre-Dame-des-Landes, les 80 km/h, la taxe Carbonne déclencheurs des Gilets jeunes. Les ZFE, du massacre du nucléaire français avec le fermeture de Fesseinheim c’est lui aussi.

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