Le calendrier fait parfois bien les choses : ainsi, Emmanuel Macron présidera l’Union européenne ou, pour être plus précis, le Conseil européen, à partir du 1er janvier . Rien ne dit, à ce jour, qu’il pourra aller au terme de ce mandat d’une durée de six mois, puisque l’élection présidentielle viendra s’immiscer dans cette espèce de quart d’heure européen qu’est cette présidence tournante.

Nul doute que cette occasion, qui ne revient que tous les treize ans et demi, sera exploitée à fond par Emmanuel Macron. Tiens, déjà, comme ça, un argument qui ne manquera pas d’être mis sur la table : « Rendez-vous compte, l’Europe risque d’être présidée, de la mi-mai au 30 juin 2022, par Marine Le Pen. Si vous croyez en l’Europe, vous ne pouvez pas laisser faire ça, etc. »

Bien évidemment, il sera question d’Europe, d’Europe et encore d’Europe. D’Union, d’Union et encore d’Union. De ? Un peu moins, on se demande pourquoi… Et puis, on en appellera à la civilisation européenne. Si, si. En 2017, Emmanuel Macron affirmait qu’il n’y avait pas de culture française mais, en 2019, à l’occasion des élections européennes, dans un manifeste adressé à tous les « citoyens d’Europe » (la est trop petite pour un personnage de cette envergure), il n’hésitait pas à déclarer que « c’est la civilisation européenne qui nous réunit… », sans vraiment définir ce qu’est cette civilisation européenne, sans évoquer ses racines, ses fondements. Du reste, Emmanuel Macron, dans cette tribune, s’empressait d’ajouter que nous devions « réinventer politiquement, culturellement, les formes de notre civilisation dans un monde qui se transforme ». Le de phrase à trous que l’on peut appliquer à presque n’importe quoi, pour peu qu’on n’oublie pas de mentionner ce « monde qui se transforme ». Un peu comme ces rédactions de seconde qui commençaient par « de tout temps, les hommes, etc. »

Ce manifeste, Emmanuel Macron l’avait pompeusement intitulé « Pour une renaissance européenne ». Très opportunément, à quelques jours de ces élections européennes, le président de la s’était d’ailleurs rendu à Amboise pour commémorer, en compagnie de son homologue italien, le très européen Sergio Mattarella, le cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci et, ainsi, célébrer symboliquement les « cinq cents ans de la Renaissance ». Toutes ces envolées lyriques ne suffirent cependant pas à battre les vilains nationalistes, puisque la liste conduite par Nathalie Loiseau, avec le brio que l’on sait, arriva derrière celle de Jordan Bardella et que les listes eurosceptiques totalisèrent pratiquement un tiers des suffrages.

Et voici que, deux ans plus tard, et à un an de l’élection présidentielle, on nous refait le coup de la Renaissance européenne. Le Figaro nous apprend en effet qu’une association, financée par La République , vient d’être lancée en vue de l’échéance de 2022. Elle est présidée par Valérie Hayer, l’un des vingt-trois députés macronistes élus à Strasbourg. L’objectif de cette association est de « faire vivre l’Europe et l’action de la majorité dans les territoires ». Évidemment, « les territoires » ! Expression désormais incontournable, « nos régions » (« que nous aimons tant ») étant réservées à Jean- Pernaut, « départements » faisant trop France d’hier et « provinces » trop France d’avant-hier. Et puis, dans « territoire », il y a « terre », donc, c’est bien.

Mais ce n’est pas tout : l’objectif de cette association est aussi de « continuer le dépassement politique ». Que cela est joliment exprimé pour dire que l’on veut faire sortir la politique de l’. Il est vrai qu’on y réussit pas trop mal, Covid-19 aidant. Et puis, de façon plus politicienne, justement, ce « dépassement politique » ne signifie pas autre chose que l’achèvement du travail entamé en 2017 du côté des LR et des socialistes. La renaissance ne sera pas pour tout . Donc, Emmanuel Macron incarne la Renaissance européenne. On imagine qui incarnera le Moyen Âge dans le scénario…

24 mars 2021

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