Trop tard, certainement. Pour les malheureuses victimes des terroristes islamistes qui n’auraient jamais dû se trouver sur le territoire national. Trop peu, sans doute : 4.800. C’est le nombre de policiers, gendarmes et militaires qui vont être déployés à nos frontières, soit un doublement de l’effectif. Pour 2.913 kilomètres de frontières terrestres, cela semble peu, effectivement. Mais c’est toujours ça. C’est, en tout cas, l’annonce faite, ce jeudi 5 novembre, par , alors qu’il était au Perthus, dans les Pyrénées-Orientales.

Selon L’Indépendant, le quotidien des Pyrénées-Orientales, « un énorme déploiement de police » avait été mis en place à l’occasion de cette visite. On imagine que ce jour-là, aucun migrant n’a pu franchir la frontière. Là aussi, c’est toujours ça. Toujours selon le quotidien régional, le président de la République s’est entretenu avec les responsables des forces de sécurité françaises et espagnoles. « Tous ont confié au chef de l’État avoir constaté une forte hausse des flux migratoires à destination de la France depuis le déconfinement » (11.200 interpellations en 2020, 5.500 en 2019). Au plan national, la Cour des comptes, dans un récent rapport, évoque entre 350.000 et 400.000 migrants clandestins par an : en gros, plus que la ville de Nice, ou une douzaine de Carpentras, par an.

Forte hausse des flux migratoires sur la frontière pyrénéenne, on peut donc aisément extrapoler qu’il en a été de même à la frontière franco-italienne. Précisons qu’il existe près d’une trentaine de passages terrestres entre l’Espagne et la France, seize entre l’Italie et la France (dont quatre tunnels), sans compter les trois voies ferrées et les sentiers pour randonneurs intrépides. La France n’est pas une île, à la différence de l’Angleterre, aurait dit M. de Lapalisse. Donc, il faut du monde mais il faut savoir ce que l’on veut. Cependant, 4.700, 4.800 ou 4.900 (on notera la précision des chiffres qui nous disent qu’on a bien travaillé sur le sujet), peu importe. C’est le message que l’on veut faire passer : « Ils ne passeront pas », clamait le Président, après la décapitation de Samuel Paty. Mais, comme d’habitude, le message macronien est une sorte d’auberge espagnole où chacun y trouve ce qu’il veut bien entendre. Ça y est ! Ils ont enfin compris : il faut contrôler les frontières, ils vont contrôler les frontières. Ces frontières qui ne servaient plus à rien, on vous l’avait tant dit et répété. On espère, sans doute, ainsi, convaincre l’électorat de droite. En mars, on reparlait de souveraineté économique : nous allons fabriquer nos propres masques ! En novembre, on redécouvre les vertus de la frontière.

Mais, en même temps, comme d’habitude… Au point-presse donné au Perthus, une journaliste interpelle le Président : « Vous faites le lien entre terrorisme et immigration… » Réponse du chef de l’État : « Faire le lien ne veut pas dire qu’il faut tout confondre et il ne faut pas tout confondre. Nous ne sommes pas une île et nous vivons dans un continent qui est fait de migrations. Et nous avons à vivre à organiser cela depuis des décennies. Et nous en avons parfois besoin pour faire fonctionner notre économie. Et donc, je ne confonds pas tout […] Mais il ne s’agit pas, aujourd’hui, de suivre les discours les plus extrémistes qui ont tendance à confondre ces réalités de la migration. » La migration est une réalité pour Emmanuel Macron. Une fatalité, en quelque sorte. Une nécessité. Donc ?

Donc, sur le fond, rien de nouveau, à l’Ouest comme partout ailleurs. Si, quand même. Ouest-France rapporte que seize gendarmes réservistes bretons sont déployés depuis le 3 novembre et jusqu’au 17 novembre dans les Pyrénées-Atlantiques, pour contribuer au renforcement de la frontière franco-espagnole. Il faudra, un jour, qu’on s’occupe aussi des frontières qui se sont érigées à l’intérieur même du territoire national. Il s’agira là, non pas de les protéger, mais de les faire sauter. Mais, il est vrai aussi qu’il ne faut pas tout confondre.

7 novembre 2020

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