La presse rapporte que plus d’une centaine de ont été libérés, ce 4 octobre, au , contre la promesse de libération de deux enlevés dans le nord du pays : une humanitaire française, en décembre 2016, et un responsable politique malien, en mars dernier.

Au-delà de la bonne nouvelle pour ces deux otages et leurs proches, sous réserve de leur libération effective dans un état de santé satisfaisant, les circonstances et les conséquences de ces négociations posent un dilemme de double nature éthique et politique – pour peu que ces deux notions soient encore compatibles à notre époque.

Des circonstances qui ne doivent rien au hasard ni à l’humanisme

On peut facilement discerner les circonstances opportunistes de ces négociations entre les autorités françaises, les autorités maliennes de transition, probablement d’autres acteurs étrangers et les mouvements djihadistes supposés détenir les otages vivants.

Depuis la prise de pouvoir, le 18 août dernier, par des putschistes militaires, largement soutenue par la population malienne, et le début des concertations nationales, le 10 septembre, le Mali est entré dans une phase de transition politique d’au moins dix-huit mois.

La communauté internationale, mise devant le fait accompli, a tenté en vain d’enrayer cette révolution populaire par des sanctions économiques et des menaces politico-militaires pour sauver le régime défaillant et prédateur de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).

Coïncidence n’est pas hasard. La libération attendue (à confirmer) permet aux djihadistes de « se débarrasser » de deux septuagénaires détenus dans des conditions précaires, devenus encombrants dans un contexte où des mouvances islamiques, représentées notamment par l’imam Mahmoud Dicko, ont besoin de donner des gages de bonne volonté pour être intégrées dans le processus de transition politique. La libération de M. Soumaïla Cissé, leader charismatique de l’opposition au président IBK renversé, est favorable à l’échiquier politique de la transition.

Des conséquences qui pèseront lourd sur la sécurité au Sahel

Le calcul froid du marché qui est en train de se réaliser dans ce pays où la vie humaine vaut moins que celle du bétail met dans la balance des avantages et des inconvénients, d’une part la libération réjouissante de deux personnes humaines ; d’autre part la libération de plus d’une centaine de tueurs djihadistes relâchés dans des zones d’exactions extensibles .

On peut légitimement s’inquiéter de la nature asymétrique et déséquilibrée de cette transaction quant à son impact sur la stabilité et la sécurité au Sahel. D’une part, une libération espérée que personne n’oserait humainement et politiquement critiquer ; d’autre part, la décision politique de remettre en liberté des barbares qui n’ont déjà en tête que l’idée de reprendre leurs exactions sanglantes et lucratives, faisant chaque mois des centaines de victimes parmi les populations locales, elles aussi prises en otages dans leurs zones de vie.

Car, à la différence d’autres pays et malgré les discours officiels mensongers, la France entretient un double langage au sujet de la libération des otages. Dans la réalité, que seule une partie crédule de l’opinion ignore ou ne veut pas connaître mais que connaissent les acteurs de l’économie criminelle des enlèvements crapuleux, de lourdes « compensations » sont systématiquement payées aux preneurs d’otages et aux entremetteurs, autorités politiques locales et autres intermédiaires.

Pour un gain politique immédiat, on aggrave donc un problème de sécurité publique au lieu de l’amoindrir. On appelle ça la realpolitik. Qui oserait le reprocher ? C’est un débat délicat mais nécessaire à une époque où le pathos l’emporte quotidiennement sur l’ethos. Question de maturité des esprits et de saine hiérarchie des valeurs dans une société qui les confond toutes.

Car la libération de notre actuel dernier otage français dans le monde, dont on se réjouit du retour proche (Inch’ Allah ?) et à qui on adresse nos vœux chaleureux de rétablissement, ainsi qu’à M. Soumaïla Cissé, risque fort d’être suivie d’autres pour alimenter le « marché des otages », notamment par les mêmes bourreaux libérés. Saura-t-on, un jour, à quel prix réel ?

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