À peine évoquait-il le « séparatisme » dans un discours prononcé, vendredi dernier, aux Mureaux (Yvelines), que, déjà, l’intitulé du texte de loi censé le mettre en œuvre était modifié. Il s’agira donc désormais, plutôt que de lutter contre le « séparatisme » en question, de « renforcer les principes républicains », principes qu’évoquent généralement les politiciens quand ils n’ont plus rien à dire.

Mais Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, précise toutefois que « l’idée est bien de lutter contre le séparatisme principal, qu’est l’islam radical. […] Mais ce ne sera pas le seul objet du texte. » Que seront, alors, les autres « séparatismes » ? Celui des Corses et des Caldoches ? Des zadistes ou des sectateurs de la Terre plate ? L’histoire ne le dit pas.

Il en existe pourtant un autre, de « séparatisme », évoqué du bout des lèvres par le président, celui de l’université, et son discours suscitant « une haine contre la République », soit cet « indigénisme qui tourne le dos à l’universalisme », dénoncé par le même Darmanin.

Là, nous ne sommes pas exactement en ZEP mais dans ces temples du savoir que sont censés être Science Po, Normale Sup, la Sorbonne et autre École des hautes études en sciences sociales où les seuls enfants d’immigrés, hormis les fils de ministres, sont ceux qu’on voit à la télé.

Si, dans les lycées des fameux « territoires perdus de la République », les professeurs baissent la tête devant certains de leurs élèves, à l’école des rejetons des CSP+, d’autres professeurs n’en mènent pas plus large. Néanmoins, la résistance paraît s’organiser, tel qu’en témoigne cette « riposte à bas bruit qui se met en place » évoquée par L’Opinion, ce mardi 6 septembre.

Morceaux choisis : « Un curieux vocabulaire court les temples du savoir et de la liberté de pensée. On y parle de “guerre”, de “climat de terreur” et de “résistance”. Telle université “tient bon” quand telle autre “est tombée”. » Une remarque, en apparence anodine d’un professeur parisien, pourtant a priori solidement installé, met la puce à l’oreille : « “J’ai confiance dans mes réseaux, mes filières. Sinon, il faut faire très attention… Tout est vérolé, aujourd’hui.” L’adversaire ? La mouvance communautariste, décoloniale, indigéniste ou néo-féministe qui traverse tout l’enseignement supérieur. »

Et c’est ainsi qu’une minorité d’élèves et de professeurs, minorité grandissante et de plus en plus agissante, décide des conférenciers qui sont les bienvenus et ceux qui ne le sont pas ; la philosophe Sylviane Agacinski, opposante à la PMA, Alain Finkielkraut et même l’infortuné François Hollande en savent quelque chose.

Pour ce faire, tous les moyens sont bons. La force physique, pour commencer. Mais également celle de ces réseaux sociaux pouvant entraîner la mort professionnelle des imprudent.e.s, tel qu’il convient d’écrire en ces lieux.

Citée par le même quotidien, Monique Canto-Sperber, directrice de l’École normale supérieure de 2005 à 2012, affirme : « C’est un rapport de force. On ne gagne que si on résiste. Mais il faut savoir ce que signifie avoir contre soi cette mouvance très puissante. Cela a un coût social, cela peut détruire votre image. En face, vous avez des gens ultra-sectaires, persuadés d’avoir raison sur tout. »

On notera que cette spécialiste de Platon est la seule à parler en son nom, la majeure partie de ses confrères préférant se réfugier dans l’anonymat. C’est dire l’ampleur du désastre et du terrorisme intellectuel régnant en des enceintes pourtant censées être celles du débat intellectuel et de la confrontation des idées.

Entre les écoles salafistes et celles des élites de la République, grande est la tentation de se dire que l’école buissonnière a elle aussi ses charmes, le seul « séparatisme » consistant à y sécher les cours. D’ailleurs, vu ce qu’ils y apprennent, on ne saurait que trop conseiller aux enfants de faire de même.

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