Suite au renversement, le 18 août dernier, du président Ibrahim Boubacar Keïta, des concertations nationales sur une transition politique au ont eu lieu, du 10 au 12 septembre, à Bamako.

Un projet inabouti de « charte de transition » a été provisoirement retenu, qui prévoit une période de transition politique de dix-huit mois. Elle se fixe pour objectifs la désignation d’un gouvernement et la réalisation de tâches prioritaires, parmi lesquelles l’adoption d’une nouvelle Constitution, la maîtrise de la sécurité, la continuité de l’éducation et la lutte contre la corruption. De vives discussions portent encore sur des points d’achoppement comme le statut, civil ou militaire, du président provisoire.

Le principal facteur dynamogène de cette tentative de sortie du chaos dans lequel le Mali s’est enfoncé depuis sept ans de népotisme est interne. Compte tenu de la diversité et de la fragmentation communautaire de la société malienne, et sous la pression de forces étrangères disruptives, étatiques et islamistes, les différences de points de vue et les divergences d’intérêts sont inévitables. Il lui faut du temps pour s’exprimer et se confronter, s’apaiser et se concilier. Car si les Maliens peinent à définir ce qu’ils veulent, en revanche, ils savent très bien ce qu’ils ne veulent pas.

Les Maliens ne veulent plus d’un régime corrompu, défaillant et prédateur, comme celui entretenu à grands frais diplomatiques et financiers par ce qu’on appelle « la communauté internationale ». Cette appellation galvaudée d’origine incontrôlée, espace public à prétention universelle, se veut à la fois communauté partageant des valeurs communes et société régie par des règles, selon la définition de Philippe Moreau Defarges. Entité irresponsable issue d’une mondialisation à géométrie variable, sa légitimité est contestable tant elle est éloignée des choix des peuples.

Pour se poser en acteur omnipotent, ce « méga machin » doit soumettre les forces résistantes à fortes identités locales que sont les nations, constituées de peuples souverains. Or, ce concept à échelle humaine rassemble des populations autour de valeurs communes qui les transcendent. C’est pourquoi les mondialistes multiculturalistes comme Macron combattent le concept de « nation ». Ils lui préfèrent la notion vague de république, coquille vide de contenu métaphysique.

C’est pourquoi ce club fermé d’élites autoproclamées, aux rentes prolongées et mutuellement protégées de pouvoir, ne supporte pas la prétention d’un peuple comme celui du Mali à s’émanciper de sa tutelle. Condamnant unanimement le putsch militaire, il tente par la voie d’un organisme croupion régional, la CEDEAO (Communauté économique des États de l’ de l’Ouest), d’étrangler par des sanctions économiques les révolutionnaires plébiscités par la société civile, de leur imposer des conditions impossibles, comme la nomination immédiate d’un président civil conciliant, et de leur imputer, par médias dominants interposés, les récentes attaques terroristes . Dépassée et indésirable, la « communauté internationale » tente en vain d’appliquer la devise « Ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs ».

Ainsi, elle joue systématiquement un rôle inhibiteur des évolutions nationales vers davantage d’autonomie et de liberté. Elle illustre dans le champ politique la première loi de Newton, d’inertie, par laquelle tout corps persévère dans l’état dans lequel il se trouve à moins qu’une force n’agisse sur lui et le contraigne à changer.

Espérons que les forces vives des nations parviendront à appliquer sa deuxième loi, de la dynamique, qui stipule que les changements sont proportionnels à la force motrice. Pour que se réalise la troisième, des actions égales et réciproques, par des mécanismes de contrôle interne et des influences positives.

Enfin, au-delà du vibrionisme impuissant de la France, l’Union européenne aurait l’occasion à saisir, rare, d’une action bénéfique en respectant la volonté de changement du peuple malien. Face à d’autres influences croissantes, comme celle du président de la Turquie qui a choisi le Mali comme l’un des pays de pénétration diplomatique et économique prioritaire en Afrique.

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