[CINÉMA] The Giaccomo, la quête de célébrité d’un influenceur
Il a deux points communs avec le président de la République : il est originaire d’Amiens et prêt à tout pour réussir. Giaccomo (avec deux C) n’a aucun talent, aucun savoir ni maîtrise particulière, mais souhaite malgré tout rejoindre la caste très fermée des gros « influenceurs » du Net, ces gens qui, comme l’indique leur qualificatif, se croient suffisamment légitimes pour exercer un ascendant sur les autres et guider leurs choix de vie. Une prétention inouïe qui relève moins de l’amour de soi que du désir pathétique d’exister et de s’extraire de la masse.
L’objectif de Giaccomo est fixé : devenir célèbre et atteindre les « 1000 k », c’est-à-dire un million de followers" sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce qu’un follower ? Il s’agit ni plus ni moins d’un « suiveur », d’un internaute abonné au contenu d’un influenceur et qui, par le jeu des algorithmes sur Internet, va automatiquement se voir proposer ses dernières images et vidéos, souvent jusqu’à l’indigestion…
Pour cet Amiénois monté à Paris, le chemin vers la célébrité sera semé d’embûches, les places sont chères et peu nombreuses. Il va donc falloir se démarquer des autres et cultiver sa propre identité.
La révélation Xavier Lacaille
Pensé véritablement comme une satire des réseaux sociaux, de la culture du narcissisme et de l’arrivisme libéral subséquent, The Giaccomo marque la troisième collaboration entre le cinéaste Baptiste Drapeau et le scénariste et comédien Xavier Lacaille, après Venir sur ses pas, en 2017, et le court-métrage Pin Pon, en 2026. Les deux complices envisageaient au départ, avec les coscénaristes Jean-Christophe Brianchon et Mauricio Carrasco, un long-métrage choral sur une croisière dont l’un des protagonistes eût été influenceur. Un personnage que Xavier Lacaille souhaitait interpréter. Puis, de fil en aiguille, il fut décidé d’articuler tout le projet autour de celui-ci. De quoi révéler au grand public ses indéniables talents de comédien.
À l’arrivée, The Giaccomo s’affiche comme un documentaire parodique, un « documenteur » comme le disent certains, qui rappelle aussi bien Borat que le plus récent I Love Peru, avec Raphaël Quenard.
Le vide intérieur…
Cependant axé sur les ravages culturels et intellectuels des réseaux sociaux, le film de Baptiste Drapeau se veut caustique à l’égard d’une certaine jeunesse obnubilée par le paraître, la posture, les effets de mode et l’approbation des autres. Une disposition d’esprit qui mène naturellement à tous les errements, toutes les compromissions et tous les reniements, et en dit long en vérité sur le vide intérieur de ces générations abruties par le « scrollage » de leurs écrans. Un phénomène qui touche évidemment toutes les couches de la population, mais atteint d’abord celles dont le niveau socio-culturel est le plus bas. Il n’y a qu’à se promener dans le quartier de Châtelet-les-Halles, à Paris, pour se convaincre de cette misère intellectuelle de nos contemporains.
Iconoclaste mais résolument bienveillant, le film de Drapeau semble hésiter constamment entre la franche critique et la complaisance. En attestent son humour souvent lourdingue et sa déférence à l’égard des influenceurs Bastien Grimal, Tibo InShape ou encore Magali Berdah, agent artistique du milieu et femme d’affaires controversée. La puissance de la charge s’en trouve considérablement diminuée.
2,5 étoiles sur 5
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3 commentaires
Je ne risque pas d’aller voir cette daube !
Les influenceurs c’est la fable du renard et du corbeau, sauf que le fromage c’est le nombre de clicks! Le film IDIOCRACY était une prophétie…
A vous lire je me sens moins seul !