Avec la mise en place du passe sanitaire – vaccination obligatoire qui ne dit pas son nom -, il était logique que les positions se crispent et que volent les noms d’oiseaux. « Dictature », clament ainsi les opposants à ce train de mesure. Ce à quoi Emmanuel Macron répond en stigmatisant le « cynisme politique » de certains.

Et d’expliquer : « Non, une dictature, ça n’est pas ça. […] Ce n’est pas un endroit où toutes vos libertés sont maintenues, où on a maintenu tout le cycle électoral. […] Où vous pouvez exercer vos droits, où on rembourse tous vos tests, où le est gratuit. […] Ça ne s’appelle pas une dictature, je pense que les mots ont un sens. » Voilà qui n’est d’ailleurs pas totalement faux.

En revanche, cela ne saurait faire oublier que le Président est l’un des premiers responsables de cette inflation langagière lorsqu’il assure, à propos de l’épidémie : « Nous sommes en guerre ! » Notons que ses prédécesseurs avaient déjà, eux, déclaré « la guerre au chômage »… Pourtant, la guerre, c’est autre chose, en admettant que les mots puissent encore « avoir un sens », comme on dit à l’Élysée. On remarquera que la multiplication de ces analogies guerrières remonte précisément à l’époque où, précisément, il n’y avait plus de… guerres. Soit la seconde moitié des années soixante, qui vit la fin de celle d’Algérie.

À partir de là, et comme s’il avait fallu redonner de la gravité à une époque se signalant surtout par la légèreté issue de Mai 68, les métaphores militaires et les comparaisons historiques hasardeuses sont devenues le commun de la vulgate politique et médiatique.

« CRS = SS » ? Ce qui signifiait donc que le général de Gaulle, c’était Adolf Hitler. Vraiment ? C’est à peu près tout aussi sérieux que « le fascisme mou » que certains dénonçaient chez Valéry Giscard d’Estaing ou encore le « facho Chirac » en chemise noire qui illustrait les colonnes du Canard enchaîné. Le summum sera, plus tard, atteint avec le slogan « F comme fasciste, N comme nazi, à bas le Front national ! »

On ajoutera que ceux qui accusaient de « banaliser le nazisme » étaient les premiers à « banaliser » ce même « nazisme ». En effet, si Le Pen, c’est Hitler, cela signifie que Hitler, c’était aussi Le Pen, soit un tribun poujadiste passé au CNIP, le mouvement d’Antoine Pinay, qui n’était pas tout à fait du survolté ; au final, pas grand-chose… C’est encore le « rire de résistance » de Jean-Michel Ribes, qui confond maquis du Vercors et théâtre des Grands Boulevards. C’est évidemment le « ¡No pasarán! », braillé dès lors qu’il s’agit de battre le pavé, tout en oubliant que malgré cette déclaration d’intention, les troupes franquistes étaient pourtant « passées ». Bref, un antifascisme sans fascisme ; soit du « théâtre », tel que l’avouera ensuite Lionel Jospin.

À ce titre, le personnel politique, Emmanuel Macron au premier chef, ne fait que payer aujourd’hui ses errements sémantiques d’hier, quand il accusait le de « surfer sur les peurs » alors qu’eux,« surfaient » depuis des décennies sur la peur de la Le Pen.

Heureusement que nous ne connaissons pas encore de véritable guerre, car nous manquerions à coup sûr, et à la fois, de matériels militaires, vu l’état de délabrement de nos armées, et de vocabulaire, à en juger de celui des cervelles dirigeantes.

16 juillet 2021

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