Ce vendredi 28 août, Google rendait « hommage » à sur sa page d’accueil, et la presse de service de s’enthousiasmer, à l’image du Huffpost : « Alexandre Dumas illustré en homme noir sur Google et c’est rare. » Une intention de l’entreprise californienne et un commentaire médiatique sans surprises en ces temps de révisionnisme mémoriel orchestré par de puissants lobbies politico-médiatiques.

À vrai dire, le « doodle », ou griffonnage du jour, le montre plutôt bien bronzé. Ce qui correspond bien – sans doute contre la volonté des auteurs du dessin voulant en faire un Noir par idéologie exportable – à la réalité complexe, atténuée, mais persistante, de la hiérarchie « socio-raciale » antillaise : non ! Là-bas, le descendant du mulâtre n’y est pas noir ! Dans cet ordre particulier d’évaluation ethnique du degré de filiation, Alexandre Dumas était dit « quarteron » ; un quart de sang noir pour trois quarts de blanc ! Le fait a toujours été clair.

Dumas étant métissé de deuxième génération – son père, le général Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, était fils d’une esclave noire Marie-Cessette Dumas et d’un marquis cauchois, propriétaire à Saint-Domingue – certains s’offusquaient déjà, voici dix ans, qu’on l’ait représenté au cinéma, dans L’Autre Dumas, sous les traits d’un blanc. Gérard Depardieu, quand même !

Qu’importe. À l’époque, le CRAN jugeait ce choix « symptomatique de la discrimination dont sont victimes les personnes issues de la diversité et de la difficulté des élites à le reconnaître » et la journaliste Audrey Pulvar se disait « attristée » qu’on n’ait pu trouver un acteur « de couleur ».

Dumas n’a jamais renié son ascendance et met parfois en scène les « nègres » et leur parler créole dans Mes Mémoires. Des caricaturistes des années 1850, comme Cham, utilisèrent à charge ses traits négroïdes, mais il savait en jouer. On connaît cette réponse cinglante faite à un contradicteur : « Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, Monsieur : ma famille commence où la vôtre finit. »

Quel paradoxe : alors que l’on veut à toute force ethniciser à l’américaine le petit-fils écrivain de Marie-Cessette, on gomme, dans les livres et la langue, toute référence à l’ancien vocable ethnique par cette même prétention moralisatrice venue d’outre-Atlantique : exit le « nègre » en littérature !

Dumas lui-même eut des « nègres littéraires » ; sa relation avec Auguste Maquet, le plus connu de tous, étant au cœur du film précité. Pour éliminer toute intention raciste supposée, ou justification masquée de l’esclavage, par l’expression de cette formule, elle est remplacée depuis novembre 2017 – sur recommandation du ministère de la Culture – par celle de « prête-plume », venue d’Amérique du Nord, évidemment.

C’est à ce reconditionnement mental au politiquement correct qu’il faut, hélas, rattacher le choix de débaptiser les Dix petits nègres d’Agatha Christie et d’en réécrire des passages. Saluons, au passage, le coup de gueule de Raphaël Enthoven contre cette décision « misérable », qu’il juge sainement comme une « arnaque » au résultat « monstrueux ».

À quand la réécriture des œuvres de Dumas en novlangue ? Comme disait Johnny : « Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Oui, gris, c’est gris, et c’est fini, oh, oh, oh, oh… »

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