Une pierre grossière jetée dans le jardin du Rassemblement national. Le très créatif et ambitieux ministre de l’Intérieur s’est fendu d’une lettre adressée aux seuls maires du Rassemblement national, informe Europe 1. Il leur demande d’ouvrir des centres de rétention administrative (CRA) dans leur commune, ces structures qui accueillent les migrants en attente d’expulsion du territoire national. Le piège est tendu aux maires RN  : si vous ne proposez pas votre commune, vous ne soutenez pas la politique migratoire du gouvernement, vous empêchez la France d’expulser les migrants illégaux, vous vous opposez à la politique que vous-mêmes préconisez pour le pays. Si vous les acceptez, vos administrés vous le reprocheront.

Missive fielleuse

Car Darmanin est lui-même un efficace rempart contre l’immigration. C’est, du moins, ce qu’il entend montrer. A contrario, la droite et, singulièrement, le RN se vautrent dans la duplicité. Le Parlement a en effet adopté « une loi de programmation et d'orientation du ministère de l'Intérieur qui fixe l'objectif de 3.000 places de rétention à échéance 2027, contre 1.857 aujourd'hui », rappelle Darmanin aux maires RN. L'État doit donc mettre sur pied huit nouveaux centres de 140 places chacun.

Darmanin a ainsi demandé aux préfets d'« identifier avec les élus les sites susceptibles d'accueillir ces équipements ». « Mes services n'ayant reçu à ce jour aucune proposition de la part de communes dirigées par le Rassemblement national, poursuit le ministre dans cette missive particulièrement fielleuse, je tenais à vous signaler personnellement l'importance de ce programme de construction pour l'efficacité de notre politique migratoire ». On se pince.

Darmanin manque de tout, sauf de toupet. Joint par BV, Louis Aliot, maire RN de Perpignan, hausse les épaules. Première surprise : « Nous avons un CRA à Perpignan depuis longtemps, tout neuf et qui coûte d’ailleurs très cher à l’État », répond-il. Marine Le Pen était venue le visiter durant la campagne présidentielle. Deuxième surprise : Louis Aliot n’a pas reçu de sollicitation du ministre à ce sujet. Serait-il favorable à d’autres ouvertures de CRA sur sa commune ? Le maire de Perpignan, en tout cas, en dit grand bien. Pas d’opposition de principe, contrairement à ce qu'affirme la lettre du ministre. « Les villes RN ne refusent pas les CRA, la France en manque, nous dit-il. Les CRA, ce sont des fonctionnaires de police en plus, des familles qui s’installent, des enfants dans les écoles. » La baudruche polémique éclate, à peine lancée…

Inefficacité crasse

L'occasion est trop belle pour Louis Aliot de contre-attaquer : « Nous sortons des émeutes avec un lourd bilan. Et notre commissariat est dans un état lamentable : on attend un financement. Que fait-on ? Il ferait mieux de s’occuper de son ministère », renvoie le maire RN. Darmanin pourrait aussi se préoccuper des flux croissants d’immigrés qui entrent en France. Ils n’ont jamais été aussi élevés que sous le ministère Darmanin et la présidence Macron, tandis que les taux d’exécution des OQTF, soit le renvoi dans leur pays d’origine des migrants condamnés au retour par la Justice française, n’ont jamais été aussi faibles.

D’une inefficacité crasse sur le cœur de sa mission, le ministre Darmanin a ainsi le culot d’en faire le reproche à ses opposants politiques. Le Rassemblement national est-il vraiment le seul responsable de l’impasse migratoire de la France ? David Rachline, le maire de Fréjus, revient aux fondamentaux : « Ce n’est pas de CRA dont la France a besoin mais de frontières et d’une réforme du droit d’asile. »

L’homme qui a vu des Anglais attaquer les spectateurs de football au Stade de France peut prendre les Français pour des benêts une fois, peut-être deux, mais tout le temps ?

 

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 03/09/2023 à 7:40.

11153 vues

01 septembre 2023 à 20:47

Partager

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

79 commentaires

  1. La France ne se limite pas à la seule métropole. Héritière de nombreuses iles et autres lieux où elle n’hésitât pas d’y créer des bagnes, pourquoi ne point ouvrir de CRA en ces lieux. cela pourrait alors faire réfléchir les malheureux tentés par l’aventure.

  2. Les maires doivent faire remarquer au ministre de l’Intérieurs que ces immigrés n’auraient jamais du rentrer sur notre territoire s’il avait eu une politique efficace contre l’immigration illégale.
    Les maires n’ont pas a subir les conséquences de l’incompétence de ce ministre.

  3. Ma grand-mère est sur le point de mourir. Dois-je essayer de la sauver, ou bien dois-je l’achever ? Je parle de la France.

  4. Pas besoin de CRA. Il faut cueillir les gens expulsables chez eux et les mettre directement dans un avion, quelle que soit l’opinion du pays d’origine.

  5. à peine 30 mairies RN et ce devaraint être elles qui accueillent les migrants, quelle farce non, il y a encore 35000 communes en France, où sont les CRA de Paris, Marseille, Rennes, Lille, Bordeaux, Nice, Grenoble, strasbourg, Reims, Le Havre, Dunkerque, etc etc.

Les commentaires sont fermés.