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Coronavirus - Editoriaux - Santé - 26 avril 2020

Covid-19 : quelle féministe pour s’intéresser au sort des femmes âgées ?

Sur France Inter, le 23 avril, Najat Vallaud-Belkacem a déploré que « le leadership de cette crise [soit] essentiellement pris en charge par des hommes ».

On pourrait lui faire remarquer que l’une d’elles, Agnès Buzyn, aux premières loges pour décider, a préféré tirer sa révérence.

On pourrait lui objecter que Sibeth Ndiaye aurait pu, elle aussi, avoir un rôle de première importance si elle n’avait pas tenu absolument à surjouer la blonde incapable de comprendre le mode d’emploi d’un masque, ou à vexer les profs par un manque de tact tout viril (si prêter un supplément de délicatesse aux femmes n’est pas considéré comme une forme de sexisme bienveillant).

On pourrait aussi lui glisser que si surreprésentation des hommes il y a dans les bureaux feutrés de Matignon ou de l’Élysée, elle existe également dans les lits de réanimation. Une discrimination contre laquelle on ne peut rien, il est vrai, mais qui est cependant une réalité. Le privilège (ou pas) de décider ET de décéder.

On pourrait surtout lui recommander, si la cause féminine lui tient à cœur, de détourner un peu son regard des femmes de pouvoir – ses pairs sans doute, il est bien naturel qu’elle se sente solidaire – pour s’inquiéter d’un autre univers de femmes, fragiles, abandonnées, silencieuses, discriminées, celui des octogénaires et des nonagénaires : les femmes sont ultra-majoritaires dans cette tranche d’âge, une espérance de vie éminemment sexiste leur offrant souvent la chance ou le malheur, de survivre de longues années à leur conjoint. Et si le confinement est pénible pour nombre de Français, il s’avère être souvent pour elles un enfer indescriptible.

Les pensionnaires d’, recluses dans leur chambre pour ne pas mourir, ont pour seule compagnie une télé anxiogène qui ne leur parle en boucle que de pensionnaires d’, recluses dans leur chambre et en train de mourir : il paraît que les affaires sont brûlées, les corps glissés à la hâte dans une bâche, les proches à peines alertés, les pompes funèbres et les producteurs de cercueils dépassés, pour entreposer les corps, on a ouvert Rungis, là où, dans l’imaginaire collectif, les bêtes des bouchers sont habituellement exposées, pendues au crochet, prêtes à être débitées. Pas plus de vingt personnes, ensuite, pour les enterrer, l’accès au cimetière est durement réglementé… n’en jetez plus ! Ces reportages sont tellement sympathiques… Mais sinon, on prend vraiment soin de leur santé, surtout psychologique.

Une infirmière de région parisienne confie que, dans l’EHPAD où elle travaille, certaines aides-soignantes, n’ayant plus de blouse jetable sous blister à disposition, refusent celles, en tissu, que des bénévoles ont cousues car nul ne sait, disent-elles, comment elles ont été lavées. Elles ont prévenu leur direction, ah ça ! que l’on ne compte pas sur elles pour faire telle toilette de pensionnaire suspecte ! Cette dernière restera dans sa couche de la nuit jusque dans l’après-midi et son plateau-repas sera déposé devant sa porte. Il y restera jusqu’à ce que quelqu’un ose entrer.

Mal rémunérées et enchaînant les vacations sans s’arrêter, certaines aides-soignantes ont perdu, usure, rancœur et fatigue aidant, toute humanité. La directrice, alertée, hausse tristement les épaules : si elle devait remplacer toutes les maltraitantes, les pensionnaires seraient vraiment abandonnées.

Les dames un brin plus valides vivant encore chez elles, ont pour se divertir les mêmes informations télévisées ci-dessus citées. Qu’elles regardent en tentant d’enfiler à grand-peine – seules, car enfants et aide à domicile ne peuvent plus passer – leurs bas de contention. Le coiffeur ne travaille pas, le podologue non plus. Une pharmacienne, sur Facebook, témoigne : dans un coin de son officine, elle a improvisé un petit atelier pédicure pour les aider.

Quelle féministe pour s’intéresser avec une once de compassion à ces femmes qu’un confinement mal préparé a laissées à l’abandon ?

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